AT-26 LE CANTIQUE DES CANTIQUES

Chapitres : 12  3  4 

3 1 Sur ma couche, la nuit, j’ai cherché celui que mon cœur aime. * Je l’ai cherché, mais ne l’ai point trouvé ! 2 Je me lèverai donc, et parcourrai la ville. Dans les rues et sur les places, je chercherai celui que mon cœur aime. Je l’ai cherché, mais ne l’ai point trouvé ! 3 Les gardes m’ont rencontrée, ceux qui font la ronde dans la ville : * « Avez-vous vu celui que mon cœur aime ? »

4 A peine les avais-je dépassés, j’ai trouvé celui que mon cœur aime. Je l’ai saisi et ne le lâcherai point que je ne l’aie fait entrer dans la maison de ma mère, dans la chambre de celle qui m’a conçue.

LE BIEN-AIMÉ.

5 Je vous en conjure, filles de Jérusalem, par les gazelles, par les biches des champs, n’éveillez pas, ne réveillez pas mon amour, avant l’heure de son bon plaisir.

  • Vers 8. la bien aimée. La scène est différente. La bien-aimée est chez ses parents, à la ville. Le bien-aimé accourt de la campagne et se présente à la fenêtre, vv. 8-9, cf. 5 2s. La poésie égyptienne et grecque contient des complaintes de l’amant devant une porte fermée ; ici le bien-aimé invite son amie à le rejoindre en lui chantant les attraits du printemps, saison des fleurs, des oiseaux et des amours, vv. 10-14. Il y a là un sentiment de la nature, une fraîcheur, un ton moderne, qui sont inégalés dans tout l’Ancien Testament.
  • Vers 15. en fleur. Fragment poétique indépendant, probablement attiré par la mention des vignes en fleur au v. 13. Elles sont ici la figure des attraits des jeunes filles qui souhaitent d’être débarrassées de leurs soupirants, les petits renards.
  • Vers 16. à lui. Cette assurance d’une possession mutuelle revient, en termes presque identiques, en 6 3 et 7 11 et, dans les trois cas, elle est formulée en l’absence du bien-aimé : sécurité de l’amour. Mais celui-ci souhaite une présence et, dans les trois cas, cette confiance dans le bien-aimé s’accompagne d’un appel ou d’une attente, ici vv. 17, et 6 1; 7 12.
  • Vers 17. les ombres. La brise du jour, cf. Gn 3 8, est en Palestine le vent du soir, à l’heure où les ombres qui s’allongent ont l’air de « fuir ». C’est le moment où le bien-aimé rentrera de la campagne, et l’on rejoint le début du morceau, v. 8. La fin du v. 17 reprend effectivement les expressions des vv. 8-9″.
  • Vers 17. de Bétèr. Toutes les explications de ce mot pris comme un nom commun sont forcées et ce doit être un nom géographique, ou bien réel : Bétèr à l’ouest de Jérusalem, Jos 15 59, ou bien semi-légendaire : les parallèles de 4 6 et de 8 14 parlent des montagnes de la myrrhe ou du baume. Bètér serait l’équivalent palestinien de Pount, le pays des aromates pour les Égyptiens. Un chant d’amour dit : « Lorsque ses bras m’enlacent c’est comme au pays de Pount, »
  • Vers 1. cœur aime. Les vv. 1-4 forment un tout, auquel est attaché le v. 5, le même refrain qu’en 2 7; 8 4. Le titre pourrait être : le bien-aimé perdu et retrouvé, C’est le thème de la recherche, comme en 1 7-8; 5 2-8. Ici, le cadre est la ville et le temps est la nuit. Cette course nocturne d’une jeune fille et sa décision d’entraîner son ami chez sa mère est si contraire aux coutumes juives qu’on a pensé au récit d’un songe. Mais les poètes et les amoureux se plaisent à imaginer des situations irréelles. L’audace de la poursuite et la volonté de ne pas laisser repartir le bien-aimé sont les preuves d’un amour passionné.
  • Vers 3. la ville. Ces gardes de nuit, cf. Ps 127 1; 130 6-7; Is 21 11-12, reviendront dans 5 7. Ils étaient probablement des personnages typiques de la poésie populaire, comme le guet ou les sergents de ville dans nos chansons médiévales et modernes.

Troisième poème

LE POÈTE. *

6 Qu’est-ce là qui monte du désert, comme une colonne de fumée, vapeur de myrrhe et d’encens et de tous parfums exotiques ? 7 Voici la litière de Salomon. Soixante preux l’entourent, élite des preux d’Israël : 8 tous experts à manier l’épée, vétérans des combats. Chacun a le glaive au côté, craignant les surprises de la nuit.

9 Le roi Salomon s’est fait un palanquin * en bois du Liban. 10 II en a fait les colonnes d’argent, le baldaquin d’or, le siège de pourpre. Le fond est une marqueterie d’ébène. * 11 Venez contempler, filles de Sion, le roi Salomon, avec le diadème dont sa mère l’a couronné au jour de ses épousailles, * au jour de la joie de son cœur.

  • Vers 6. le poète. Le poème des vv. 6-11 ne parle plus d’amour, il n’est mis dans la bouche d’aucun des deux partenaires et il ne peut pas être prononcé par les « filles de Sion », qui sont interpellées au v. 11. C’est le poète qui parle et il décrit un cortège royal, que le v. Il rattache aux fêtes de mariage. On peut en trouver le commentaire dans le récit de 1 M 9 37-39 : « les fils de Iambri célébraient une grande noce et amenaient la fiancée en grande pompe… On vit paraître, au milieu d’un bruit confus, un nombreux équipage, puis le fiancé, ses amis et ses frères s’avançant au-devant du cortège avec des tambourins, des musiques et un riche équipement. » Des usages analogues se conservent chez les Arabes de Syrie et de Palestine et ils remontent à une époque ancienne, Ps 45 15-16. Les vv. 6-10 décrivent l’équipage et l’escorte que l’époux a envoyés pour chercher la fiancée ; la rencontre est évoquée par le v. 11. Dans le recueil, ce petit poème devient une bonne introduction à l’éloge de la bien-aimée au ch. 4. La description est hyperbolique, le fiancé est un « roi », cf. 14, 12, un « Salomon ».
  • Vers 9. un palanquin. Le mot ‘appiryôn est unique en hébreu et probablement un emprunt au grec phoreion, « litière ».
  • Vers 10. d’ébène. «ébène» hobntm conj.; «amour» ‘ahabah hébr. Celui-ci ajoute : « des filles de Jérusalem », que l’on peut rattacher au début du v. 11, en y supprimant « filles de Sion », qui manque dans le grec et serait une glose.
  • Vers 11. épousailles. Le diadème du fiancé n’est mentionné ailleurs que dans Is 61 10, avec un autre mot que celui qui est employé ici.