LE BIEN-AIMÉ.
5 1 J’entre dans mon jardin, ma sœur, ô fiancée, je récolte ma myrrhe et mon baume, je mange mon miel et mon rayon, je bois mon vin et mon lait. Mangez, amis, buvez, enivrez-vous, mes bien-aimés ! *
- Vers 1. bien-aimés. Les deux dernières lignes ne sont pas dites par le bien-aimé, c’est la conclusion du poète.
Quatrième poème
LA BIEN-AIMÉE. *
2 Je dors, mais mon cœur veille. J’entends mon bien-aimé qui frappe. « Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, ma parfaite ! Car ma tête est couverte de rosée, mes boucles, des gouttes de la nuit. » 3 – « J’ai ôté ma tunique, comment la remettrais-je ? J’ai lavé mes pieds, comment les salirais-je ? »
4 Mon bien-aimé a passé la main par la fente, * et pour lui mes entrailles ont frémi. 5 Je me suis levée pour ouvrir à mon bien-aimé, et de mes mains a dégoutté la myrrhe, de mes doigts la myrrhe vierge, sur la poignée du verrou. * 6 J’ai ouvert à mon bien-aimé, mais tournant le dos, il avait disparu ! Sa fuite * m’a fait rendre l’âme. Je l’ai cherché, mais ne l’ai point trouvé, je l’ai appelé, mais il n’a pas répondu !
7 Les gardes m’ont rencontrée, ceux qui font la ronde dans la ville. Ils m’ont frappée, ils m’ont blessée, ils m’ont enlevé mon manteau, ceux qui gardent les remparts. * 8 Je vous en conjure, filles de Jérusalem, si vous trouvez mon bien-aimé, que lui déclarerez-vous ? Que je suis malade d’amour.
- Vers 2. la bien aimée. Encore le thème de la recherche, cf. note sur 1 7. Cette scène charmante a le même cadre que 3 1-4 : la nuit, la course à travers la ville, les gardes, mais le mouvement est différent : le bien-aimé est à la porte et veut entrer, cf. 2 9, la bien-aimée le taquine et oppose des prétextes futiles que dément son empressement à aller ouvrir, mais il a disparu et elle ne le retrouve pas !
- Vers 4. par la fente. Le bien-aimé essaye de forcer l’entrée en manœuvrant le loquet qu’on soulevait de l’extérieur avec une clé de bois. Jg 3 25: Is 22 22.
- Vers 5. du verrou. La bien-aimée s’est parfumée, ou le bien-aimé a laissé cette trace de sa tentative et c’est tout ce qu’elle trouve de lui !
- Vers 6. Sa fuite. « Sa fuite » bedobrô conj.; « sa parole » bedabberô hébr.
- Vers 7. les remparts. Les gardes, comme dans 3 3, mais dans un autre rôle : ils prennent la jeune fille pour une coureuse, cf. Pr 7 11-12.
Le chœur. *
9 Qu’a donc ton bien-aimé de plus que les autres, ô la plus belle des femmes ? Qu’a donc ton bien-aimé de plus que les autres, pour que tu nous conjures de la sorte ?
- Vers 9. le chœur. Le chœur intervient pour introduire la description du bien-aimé et la relier à la scène précédente.
LA BIEN-AIMÉE. *
10 Mon bien-aimé est frais et vermeil, il se reconnaît entre dix mille. 11 Sa tête est d’or, et d’un or pur ; ses boucles sont des palmes, noires comme le corbeau. 12 Ses yeux sont des colombes, au bord des cours d’eau se baignant dans le lait, posées au bord d’une vasque.
13 Ses joues * sont comme des parterres d’aromates, des massifs parfumés. Ses lèvres sont des lis ; elles distillent la myrrhe vierge. 14 Ses mains sont des globes d’or, garnis de pierres de Tarsis. Son ventre est une masse d’ivoire, couverte de saphirs.
15 Ses jambes sont des colonnes d’albâtre, posées sur des bases d’or pur. Son aspect est celui du Liban, sans rival comme les cèdres. 16 Ses discours sont la suavité même, et tout en lui n’est que charme. Tel est mon bien-aimé, tel est mon époux, filles de Jérusalem.
- Vers 10. La bien-aimée. Sur le genre littéraire, cf. note sur 4 1. On a cherché ici une description du Temple de Jérusalem, surtout à cause des vv. 11,14-15. Un modèle plus vraisemblable serait l’une de ces statues chryséléphantines (faites d’or et d’ivoire) que produisit l’antiquité orientale et classique. Il y a peut-être là simplement l’expression imagée de la beauté masculine idéale : haute stature, chevelure abondante, bon teint et belle allure, cf. Saül, 1 S 9 2; 10 23-24, David, 1 S 16 12, Absalom, 2 S 14 25-26. L’hyperbole est une règle de ce genre littéraire, comparer la description du grand prêtre Simon dans Si 50 5-12.
- Vers 13. ses joues. Le bas du visage, où pousse la barbe, qui est parfumée, cf. Ps 133 2.