(8) INTRODUCTION AUX ACTES DES APÔTRES
le troisième Évangile et le livre des actes ne devaient former primitivement qu’un seul ouvrage, que nous intitulerions aujourd’hui une « Histoire des origines chrétiennes ». Ils furent séparés lorsque les chrétiens désirèrent posséder les quatre évangiles dans un même codex. Ce fut très tôt, avant 150. Peut-être le titre « Actes des Apôtres » ou « Actes d’Apôtres » fut-il ajouté à ce moment selon la mode de la littérature hellénistique qui connaissait les « Actes » d’Annibal, les « Actes » d’Alexandre, etc. La relation originelle de ces deux livres du N.T. est indiquée par leurs prologues et par leur parenté littéraire. Le Prologue des Actes, qui s’adresse comme celui du troisième Évangile, Lc 1 1-4, à un certain Théophile, Ac 1 1, renvoie à cet Évangile comme à un « premier livre, dont il résume l’objet et reprend les derniers événements (apparition du Ressuscité et Ascension) pour leur enchaîner la suite du récit. La langue est un autre lien qui rattache étroitement les deux livres l’un à l’autre. Non seulement ses caractéristiques ( de vocabulaire, de grammaire et de style) se retrouvent tout au long des Actes, établissant l’unité littéraire de cet ouvrage, mais encore elles se reconnaissent dans le troisième Évangile, ce qui ne permet guère de douter qu’ un même auteur est à l’œuvre, ici et là.
Cet auteur, la tradition de l’Église s’accorde à le reconnaître en saint Luc. Ni dans l’antiquité, ni de nos jours, on n’a jamais avancé sérieusement un autre nom. Déjà vers 175 l’ensemble des Églises juge ainsi, comme le montre l’accord du document romain qu’on appelle le Canon de Muratori, du Prologue antimarcionite, de saint Irénée, des Alexandrins et de Tertullien. De fait, ce jugement est confirmé par les vraisemblances internes. D’après ses écrits, l’auteur doit être un chrétien de la génération apostolique, Juif très hellénisé ou mieux Grec de bonne éducation connaissant à fond les choses juives et la Bible grecque, ayant des compétences médicales, enfin et surtout compagnon de voyage de Paul comme le montre ces récits de la deuxième parie des Actes où il s’exprime à la première personne du pluriel. Or parmi les compagnons de Paul nul ne convient mieux que Luc: Syrien d’Antioche d’après une vieille tradition, « médecin » et d’origine païenne, Col 4 10-14, il est présenté par l’Apôtre comme un compagnon très cher qui est à ses cotés durant les deux captivités romaines, Col 4 14; Phm 24; 2 Tm 4 11. Sans doute l’accompagne-t-il depuis les deuxième (Ac 16 10s) et le troisième voyages (Ac 20 6s; cf peut-être 2 Co 8 18); s’il ne figure pas dans les énumérations telles que Ac 20 4, ce doit être parce qu’alors lui-même tient la plume.
Pour fixer la date et le lieu où il écrit, nous ne trouvons rien de ferme dans l’ancienne tradition (en Achaïe après la mort de Paul? À Rome avant la fin du procès?) et devons juger d’après le contenu du livre. Il se termine sur la captivité romaine de Paul, en 61-63. La durée de deux ans qu’il mentionne à ce propos, 28 30+, correspond au délai légal après lequel une accusation non confirmée était annulée, ces lignes peuvent être écrites après la libération de l’Apôtre. Or cela semble requis par la date probable, autour de 64, assignée à l’Évangile de Marc, auquel celui de Luc et a fortiori les Actes doivent être postérieurs. Des critiques sont allés jusqu’à envisager les années 80 à 100. La chose n’est pas impossible. Nous avons remarqué cependant qu’aucun indice certain n’oblige à reporter le troisième Évangile après 70, et la même chose doit être dite des Actes.
L’apport doctrinal est multiple et l’on ne peut qu’en évoquer les chefs principaux. La foi au Christ, base du kérygme apostolique, y est exposée avec les justes nuances d’une précision croissante, d’abord tout occupée du triomphe de l’homme Jésus comme Kyrios par la résurrection, 2 22-36, puis affirmant, sur les lèvres de Paul, son titre de Fils de Dieu, 9 20. Nous connaissons, par les discours, les principaux textes scripturaires qui servirent, sous la conduite de l’Esprit, à la formulation de la christologie et à l’argumentation auprès de Juifs; on remarquera particulièrement les thèmes du Serviteur, et de Jésus nouveau Moïse. La Résurrection est prouvée par le Ps 16 8-11. L’histoire du peuple élu doit mettre les Juifs en garde contre la résistance à la grâce. Pour les païens, on invoque des arguments d’une théodicée plus générale.
Mais les Apôtres sont surtout des « témoins », et Luc nous résume leur « kérygme », comme il nous raconte leurs « signes » thaumaturgiques. Le problème crucial de l’Église devait être l’accès des païens au salut. Il n’en est pas moins que le salut vient d’Israël, et Luc nous montre Paul commençant toujours par s’adresser aux Juifs, pour se tourner vers les païens quand il est rejeté par ses frères de race. Sur la vie des premières communautés, il nous offre aussi des informations infiniment précieuses.
Tout est baigné, dirigé, emporté par un souffle invincible de l’Esprit Saint. Cet Esprit, sur lequel Luc avait déjà insisté dans son Évangile, il le montre sans cesse à l’œuvre dans son Évangile, Lc 4 1+, Ac 1 8+, au point qu’on a pu appeler les Actes « l’Évangile du Saint Esprit ». C’est ce qui donne à cet ouvrage ce parfum d’allégresse spirituelle, de merveilleux surnaturel dont ne s’étonneront pas ceux qui ne comprennent pas ce phénomène unique au monde que fut la naissance du christianisme.
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