8 1 Ah que ne m’es-tu un frère, allaité au sein de ma mère ! * Te rencontrant dehors, je pourrais t’embrasser, sans que les gens me méprisent. 2 Je te conduirais, je t’introduirais dans la maison de ma mère, tu m’enseignerais ! Je te ferais boire un vin parfumé, ma liqueur de grenades. 3 Son bras gauche est sous ma tête, et sa droite m’étreint.
- Titre. La bien aimée. La bien-aimée enchaîne avec le dernier mot de l’aimé (vin) et affirme la réciprocité de leur amour.
- Vers 10. sommeillent. Texte et sens incertains. Le grec a « sur mes lèvres et dents ».
- Vers 11. son désir. Allusion à Gn 3 16, où le même mot très rare signifie l’attrait de la femme pour son mari.
- Vers 12. aux champs. Évocation du printemps comme en 2 10-14, mais ici l’invitation vient de la bien-aimée. Les jardins sont le cadre favori des scènes d’amour égyptiennes.
- Vers 13. mes amours. II faut donner au mot son sens le plus réaliste, que développe le stique suivant : la mandragore passait pour exciter l’amour et donner la fécondité, cf. Gn 30 14-16 ; les fruits réservés au bien-aimé évoquent non plus le printemps mais l’automne, le temps de l’amour consommé.
- Titre. la bien aimée. Ceci commence un autre petit poème, dont le cadre est différent. La jeune fille est illogique : elle souhaite autre chose qu’un amour fraternel; le « vin » et la « liqueur » du v. 2 sont l’équivalent des « fruits » du poème précédent. Le morceau s’achève par le refrain alterné de 2 6-7 ; cf. aussi 3 4-5, qui correspond à 8 2 et 4.
LE BIEN-AIMÉ.
4 Je vous en conjure, filles de Jérusalem, n’éveillez pas, ne réveillez pas mon amour, avant l’heure de son bon plaisir.
Épilogue *
5 Qui est celle-ci qui monte du désert, appuyée sur son bien-aimé ? Sous le pommier je t’ai réveillée, là même où ta mère te conçut, là où conçut celle qui t’a enfantée.
LA BIEN-AIMEE. *
6 Pose-moi comme un sceau * sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras. Car l’amour est fort comme la Mort, la passion * inflexible comme le Shéol. * Ses traits sont des traits de feu, une flamme de Yahvé. * 7 Les grandes eaux ne pourront éteindre l’amour, ni les fleuves le submerger. Qui offrirait toutes les richesses de sa maison pour acheter l’amour, ne recueillerait que mépris.
- Titre. Épilogue. Les deux petits couplets du v. 5 ne sont pas liés à ce qui suit et sont indépendants l’un de l’autre. Ils semblent être les débuts de deux poèmes qui n’ont pas été transcrits, comme plus loin le v. 13. Cette absence de contexte rend vaine toute tentative d’interprétation ; on peut seulement noter en marge des contacts avec les autres poèmes. Les pronoms-suffixes du v. 5b sont masculins dans l’hebr.; on les corrige en suffixes féminins d’après syr.
- La bien aimée. Nulle part encore le Cantique n’avait défini l’amour. La bien-aimée le fait ici dans les termes les plus forts et les plus beaux, elle dit sa puissance invincible, son caractère inéluctable, sa valeur sans pareille. On comprend que ce poème ait été mis, comme un couronnement, à la fin du recueil. Ce qui suit est additionnel.
- Vers 6. un sceau. Le sceau, substitut de la personne et signe de son autorité, se portait suspendu au cou. Gn 38 18, 25, et reposant sur la poitrine (ici, le cœur), ou passé à un doigt de la main, Gn 41 42; Jr 22 24; Ag 2 23 (l’hébreu. « bras » employé ici inclut la main). Un chant égyptien dit ; « Ah ! Si j’étais son cachet qu’elle porte au doigt ! »
- Vers 6. la passion. Non pas « jalousie » ; le terme est parallèle à « amour » du stique précédent. Ce qui est décrit ici est l’amour passion.
- Vers 6. le shéol. Séjour souterrain des défunts; ici l’équivalent de « mort » du stique précédent.
- Vers 6. Yahvé. L’amour consume comme le feu du ciel, comme la foudre, Jb 1 16.
Appendices
Deux épigrammes. *
8 Notre sœur est petite : elle n’a pas encore les seins formés. Que ferons-nous à notre sœur, le jour où il sera question d’elle ? * – 9 Si elle est un rempart, nous élèverons au faîte un couronnement d’argent ; si elle est une porte, nous dresserons * contre elle des ais de cèdre.
– 10 Je suis un mur, et mes seins en figurent les tours. Aussi ai-je à leurs * yeux trouvé la paix. 11 Salomon avait une vigne à Baal-Hamôn. * Il la confia à des gardiens, et chacun devait lui remettre le prix de son fruit : mille sicles d’argent. 12 Ma vigne à moi, je l’ai sous mes yeux : à toi Salomon les mille sicles, et deux cents aux gardiens de son fruit.
- Titre. Ces deux morceaux n’ont été rattachés que secondairement au Cantique, avec lequel ils n’ont pas de rapports directs, ni par les personnages ni par le sujet Dans le premier, w. 8 10, des frères se préoccupent du moment où ils marieront leur petite sœur; celle-ci réplique qu’elle est assez grande pour se garder elle-même. L’allusion au mariage a favorisé le rattachement au Cantique. – Dans le second morceau, vv, 11-12, un propriétaire préfère sa propre vigne au vignoble de Salomon avec son riche revenu ; on songe à la vigne de Nabot, 1 R 21 1-3. La métaphore de la vigne ou du jardin pour signifier la bien-aimée en Ct 1 6; 2 1 5; 4 12s, et le nom de Salomon ont fait interpréter le morceau comme un chant d’amour, d’où son insertion ici.
- Vers 8. d’elle. Pour un mariage.
- Vers 9. dresseront. « dresserons » naççîb conj.; « assiégerons » naçûr hébr.
- Vers 10. à leurs. « leurs » grec ; « ses » hébreu.
- Vers 11. Baal-Hamôn. Localité inconnue.
Dernières additions. *
13 Toi qui habites les jardins, mes compagnons * prêtent l’oreille à ta voix : daigne me la faire entendre ! 14 Fuis, mon bien-aimé. Sois semblable à une gazelle, à un jeune faon, sur les montagnes embaumées !
- Titre . Le v. 11 est probablement le début d’un poème non conservé, auquel on a ajouté un verset inspiré de 2 17.
- Vers 13. compagnons. « mes compagnons » conj.; « les compagnons » hébreu.
Fin du livre le cantique des cantiques