LE ROYAUME DE DIEU.
Jésus a exposé l’esprit nouveau du Royaume de Dieu, dans un discours inaugural, que Mc a omis, et dont Mt et Lc présentent deux rédactions différentes. Luc en a supprimé, comme moins intéressant pour ses lecteurs, ce qui concernait les lois ou pratiques juives ; Mt au contraire y a inséré des paroles prononcées en d’autres occasions, afin d’obtenir un programme plus complet. Dans le discours composite ainsi obtenu, cinq sujets principaux sont traités :
1° quel esprit doit animer les fils du Royaume.
2° en quel esprit ils doivent « parfaire » les lois et les pratiques du judaïsme.
3° le détachement des richesses.
4° les relations avec le prochain.
5° entrer dans le Royaume par une option décidée et qui se traduise en actes.
LA VIOLENCE.
La violence. Expression diversement interprétée. Il peut s’agir :
1° de la sainte violence de ceux qui s’emparent du Royaume au prix des plus durs renoncements ;
2° de la mauvaise violence de ceux qui veulent établir le Royaume par les armes (les Zélotes);
3° de la tyrannie des Puissances démoniaques, ou de leurs suppôts terrestres, qui prétendent garder l’empire de ce monde et entravent l’essor du Royaume de Dieu. Enfin certains traduisent : « le Royaume des Cieux se fraie sa voie avec violence », c’est à dire s’établit avec puissance en dépit de tous les obstacles.
LES MIRACLES.
Par ses miracles Jésus manifeste son pouvoir sur la nature, particulièrement sur la maladie, sur la mort, et sur les démons. Différents par leur simplicité des prodiges merveilleux de l’hellénisme et du judaïsme rabbinique, les miracles de Jésus s’en distinguent surtout par leur simplification spirituelle et symbolique : ils annoncent les châtiments, et les dons de l’ère messianique, et inaugurent le triomphe de l’Esprit sur l’empire de Satan, et les forces du Mal, péchés et maladies.
Les miracles accomplis parfois par pitié, ils sont destinés surtout à confirmer la foi. Aussi Jésus ne les opère-t-il qu’à bon escient, réclamant le secret pour ceux qu’il veut bien consentir, et se réservant de fournir plus tard le miracle décisif de sa propre Résurrection. Ce pouvoir de guérison, Jésus l’a communiqué à ses apôtres en les envoyant prêcher le Royaume ; c’est pourquoi Mt a fait précéder les consignes de la mission, par une série de dix miracles comme signes du missionnaire.
Alors que Luc et Jean ne racontent qu’une seule multiplication des pains, Mt et Marc en rapportent deux. Sans doute s’agit-il d’un doublet, assurément très ancien, qui présente le même événement selon deux traditions différentes. La première plus archaïque, d’origine palestinienne, semble placer l’événement sur la rive occidentale du lac et parle de douze couffins, chiffre des tribus d’Israël et des apôtres. La deuxième, qui viendrait de milieux chrétiens d’origine païenne, situe l’événement sur la rive orientale, païenne, du lac, et parle de sept corbeilles, chiffre des nations de Canaan, et des diacres hellénistes.
– Les deux traditions dépeignent l’événement à la lumière de précédents vétérotestamentaires, en particulier la multiplication d’huile et de pain par Élysée, et l’épisode de la manne et des cailles, Ex 16 ; Nb 11. Reprenant avec une puissance encore supérieure ces gratifications de nourritures célestes, le geste de Jésus a été voulu par lui-même et compris dès la plus ancienne tradition comme une préparation de la nourriture eschatologique par excellence, l’Eucharistie. C’est ce que soulignent la présentation littéraire des synoptiques.
LES DEMONS.
– Avant le temps. En attendant le jour du Jugement, les démons jouissent d’une certaine liberté d’exercer leurs sévices sur la terre, Ap 9 5, ce qu’ils font de préférence en possédant les hommes. Cette possession s’accompagne souvent d’une maladie, celle-ci étant, à titre de suite du péché, 9 2+, une autre manifestation de l’emprise de Satan. Aussi les exorcismes de l’Évangile, qui apparaissent parfois comme ici a l’état pur, se font-ils souvent par mode de guérison. Par son pouvoir sur les démons, Jésus détruit l’empire de Satan, et inaugure l’ère messianique dont l’Esprit Saint est la promesse caractéristique. Si les hommes refusent de le comprendre, les démons, eux, le savent bien. Ce pouvoir d’exorcisme, Jésus le communique à ses disciples en même temps que le pouvoir des guérisons miraculeuses, qui lui est connexe.