10\-06 La Chute. Gn 3

LA GENÈSE Chapitre : 3 

La Chute.

3 1 Le serpent *  était le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait fait. Il dit à la femme : Alors, Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ?

2 La femme répondit au serpent : « Nous pouvons manger des fruits des arbres du jardin.  3 Mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : « Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sous peine de mort ».  4 Le serpent répliqua à la femme : « pas du tout ! Vous ne mourrez pas !

5 Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal. »

6 La femme vit que l’arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu’il était, cet arbre, désirable pour acquérir le discernement. Elle prit de son fruit et mangea.  7 Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus ; *  ils cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes.

  8 Ils entendirent le pas de Yahvé Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour, et l’homme et sa femme se cachèrent devant Yahvé Dieu parmi les arbres du jardin.

9 Yahvé Dieu appela l’homme : « Où es-tu ? » dit-il.  10 « j’ai entendu ton pas dans le jardin, répondit l’homme ; j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché.  11 Il reprit : « Et qui t’a appris que tu étais nu ?

Tu as donc mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de manger ! »

12 L’homme répondit : « C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre, et j’ai mangé ! »  13 Yahvé Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? » Et la femme répondit : « C’est le serpent qui m’a séduite, et j’ai mangé ».

14 Alors Yahvé Dieu dit au serpent : « Parce que tu as fait cela, maudit sois-tu entre tous les bestiaux et toutes les bêtes sauvages.

Tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la terre tous les jours de ta vie.

15 Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon. *

16 À la femme il dit : *  « Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi. »

17 À l’homme, il dit : « Parce que tu as écouté la voix de la femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger, maudit soit le sol à cause de toi !

À force de peines tu en tireras subsistance tous les jours de ta vie.

18 Il produira pour toi épines et chardons et tu mangeras l’herbe des champs.  19 À la sueur de ton visage tu mangeras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes au sol, puisque tu en fus tiré. Car tu es glaise et tu retourneras à la glaise. »

20 L’homme appela sa femme « Ève » parce qu’elle fut la mère de tous les vivants. *  21 Yahvé Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en vêtit.  22 Puis Yahvé Dieu dit : « Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal ! *  Qu’il n’étende pas maintenant la main, ne cueille aussi de l’arbre de vie, n’en mange et ne vive pour toujours ! » *  23 Et Yahvé Dieu le renvoya du jardin d’éden pour cultiver le sol d’où il avait été tiré.  24 Il bannit l’homme et il posta devant le jardin d’éden les chérubins *  et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l’arbre de vie.

Genèse 3 (1-24)

          Verset 1, le serpent. Le serpent sert ici de masque à un être hostile à Dieu et ennemi de l’homme, dans lequel la sagesse puis le N. T. et toute la tradition chrétienne ont reconnu l’Adversaire, le diable, cf. Jb 1 6+.

          Verset 7, qu’ils étaient nus. L’éveil de la concupiscence, première manifestation du désordre que le péché introduit dans l’harmonie de la création.

          Verset 15, l’atteindras au talon. Le texte hébreu, annonçant une hostilité entre la race du serpent et celle de la femme, oppose donc l’homme au Diable et à son « engeance », et laisse entrevoir la victoire finale de l’homme : c’est une première lueur de salut, le « Protévangile ». La traduction grecque, en commençant la dernière phrase par un pronom masculin, attribue cette victoire non au lignage de la femme en général, mais à l’un des fils de la femme ; ainsi est amorcée l’interprétation messianique qu’expliciteront beaucoup de Pères. Avec le Messie, sa Mère est impliquée, et l’interprétation mariologique de la tradition latine (ipsa conteret) est devenue traditionnelle dans l’Église.

          Verset 16, à la femme, il dit. La condamnation frappe les coupables dans leurs activités essentielles. La femme comme mère et épouse. L’homme comme travailleur. Le texte ne peut pas signifier que, sans le péché, la femme aurait enfanté sans douleur et que l’homme aurait travaillé sans avoir la sueur au front. Autant voudrait conclure du v 14 qu’avant le péché les serpents avaient des pattes. Le péché bouleverse l’ordre établi par Dieu : au lieu d’être l’associée de l’homme et son égale, la femme deviendra séductrice de l’homme qui l’asservira pour avoir des fils : au lieu d’être le jardinier de Dieu en Éden, l’homme luttera contre un sol devenu hostile. Mais le grand châtiment sera la perte de la familiarité avec Dieu, v 23. Ce sont là les peines héréditaires. Pour que soit dégagé l’enseignement d’une faute héréditaire, il faudra attendre que saint Paul mette en parallèle la solidarité de tous dans le Christ sauveur et la solidarité de tous en Adam pécheur, Rm 5.

          Verset 20, de tous les vivants. Le nom d’Eve, (Havvah), est expliqué par la racine (hayah), « vivre ».

          Verset 22, le bien et le mal. L’homme pécheur s’est érigé en juge du bien et du mal, Gn 2 17+, ce qui est le privilège de Dieu.

          Ne vive pour toujours. L’arbre de vie vient d’une tradition parallèle à celle de l’arbre de la connaissance. L’homme est mortel par nature, mais il aspire à l’immortalité qui lui sera finalement accordée. Le Paradis perdu par la faute de l’homme est à l’image du Paradis retrouvé par la grâce de Dieu.

          Verset 24, les chérubins. Emprunt à l’imagerie Babylonienne, cf. Ex 25 18+.