Cyrus instrument de Dieu. *
45 1 Ainsi parle Yahvé à son oint, à Cyrus dont j’ai saisi la main droite, pour faire plier devant lui les nations et désarmer les rois, * pour ouvrir devant lui les vantaux, pour que les portes ne soient plus fermées. 2 C’est moi qui vais marcher devant toi, j’aplanirai les hauteurs, je briserai les vantaux de bronze, je ferai céder les verrous de fer 3 et je te donnerai des trésors secrets, des richesses cachées, afin que tu saches que je suis Yahvé, celui qui t’appelle par ton nom, le Dieu d’Israël.
4 C’est à cause de mon serviteur Jacob et d’Israël mon élu que je t’ai appelé par ton nom, je te donne un titre, sans que tu me connaisses. 5 Je suis Yahvé, il n’y en a pas d’autre, moi excepté, il n’y a pas de Dieu. Je te ceins, sans que tu me connaisses, 6 afin que l’on sache du levant au couchant qu’il n’y a personne sauf moi : je suis Yahvé, il n’y en a pas d’autre. 7 Je façonne la lumière et je crée les ténèbres, je fais le bonheur et je crée le malheur, c’est moi, Yahvé, qui fais tout cela.
- – Titre. C’est un oracle royal d’intronisation, comme ceux des Ps 2 et 110 : Cyrus est appelé « par son nom », vv. 3, 4, cf. 41 25+, et il reçoit le titre de « Oint de Yahvé » qui était réservé aux rois d’Israël, et qui devint le titre du roi-sauveur attendu. Le paradoxe est que ce titre est donné ici à un souverain étranger qui ne connaît pas Yahvé, vv. 4-5. Cet oracle est curieusement parallèle à un texte babylonien, le « cylindre de Cyrus », où Marduk, qui n’est pas un dieu perse, a « nommé le nom de Cyrus et l’a appelé à la domination sur toute la terre ». Ce texte, rédigé par les prêtres de Babylone, a été écrit, comme l’oracle du Second Isaïe, au moment de la marche victorieuse de Cyrus, en 538.
- – Verset 1. les rois. Litt. « je desserrerai les reins des rois »; comparer 1 R 20 11, et la formule inverse « serrer ses reins » : « ceindre son glaive ».
Prière. *
8 Cieux, épanchez-vous là-haut, et que les nuages déversent la justice, que la terre s’ouvre et produise le salut, qu’elle fasse germer en même temps la justice. * C’est moi, Yahvé, qui ai créé cela.
- – Titre. Cette prière (latin : Rorate cœli desuper…) vise en premier lieu la délivrance et la « justice » que Cyrus va apporter prochainement, mais qui sont une création de Yahvé cf. 41 2+. En substituant « juste » et « sauveur » aux termes abstraits de l’hébreu. S. Jérôme fait apparaître la portée messianique de cet oracle.
- – Verset 8. la justice. Le Premier Isaïe comparait déjà le prince messianique à une «pousse» issue de la souche davidique, 4 2; 6 13; 11 1; cf. Jr 23 5 = 33 15. Dans Za 3 8, le mot « germe » devient un titre messianique.
Pouvoir souverain de Yahvé.
9 Malheur à qui discute avec celui qui l’a modelé, vase parmi les vases de terre ! L’argile dit-elle à son potier : « Que fais-tu ? ton œuvre n’a pas de mains » * 10 Malheur à qui dit à un père : « Pourquoi engendres-tu ? » et à une femme : « Pourquoi mets-tu au monde ? » 11 Ainsi parle Yahvé, le Saint d’Israël, son créateur : On me demande des signes au sujet de mes enfants, * au sujet de l’œuvre de mes mains, on me donne des ordres.
12 C’est moi qui ai fait la terre et créé l’homme qui l’habite, c’est moi qui de mes mains ai déployé les cieux, et qui ai donné des ordres à toute leur armée. 13 C’est moi qui l’ai suscité * dans la justice, et qui vais aplanir toutes ses voies. C’est lui qui reconstruira ma ville, qui rapatriera mes déportés, sans rançon ni indemnité, dit Yahvé Sabaot.
- – Verset 9. pas de mains. C’est-à-dire peut-être : « n’est pas complète » ou « n’a pas d’utilité ». La comparaison du potier, inspirée d’Is 29 16, cf. Jr 18 1-12; 19 1-11, a été reprise par S. Paul, Rm 9 20.
- – Verset 11. de mes enfants. « des signes » ‘otôt conj.; « les choses qui viennent » ‘otiyyôt hébr. – « son créateur », litt., « son modeleur », cf. Gn 2 7, 8.
- – Verset 13. l’ai suscité. II s’agit toujours de Cyrus, cf. 41 2.
Conversion des nations païennes. *
14 Ainsi parle Yahvé : Les productions de l’Égypte, le commerce de Kush et les Sébaïtes, ces gens de haute taille, passeront chez toi et t’appartiendront. Ils marcheront derrière toi, ils iront chargés de chaînes, ils se prosterneront devant toi, ils te prieront : « II n’y a de Dieu que chez toi ! il n’y en a pas d’autres, pas d’autre dieu. » 15 En vérité tu es un dieu qui se cache, Dieu d’Israël, sauveur. * 16 Ils sont honteux et humiliés, tous ensemble, ils marchent dans l’humiliation, les fabricants d’idoles.
17 Israël sera sauvé par Yahvé, sauvé pour toujours, vous ne serez ni honteux ni humiliés, pour toujours et à jamais. 18 Car ainsi parle Yahvé, le créateur des cieux : C’est lui qui est Dieu, qui a modelé la terre et l’a faite, c’est lui qui l’a fondée ; il ne l’a pas créée vide, il l’a modelée pour être habitée. Je suis Yahvé, il n’y en a pas d’autre. 19 Je n’ai pas parlé en secret, en quelque coin d’un obscur pays, je n’ai pas dit à la race de Jacob : Cherchez-moi dans le chaos ! je suis Yahvé qui proclame la justice, qui annonce des choses vraies.
- – Titre. L’universalisme, qui voit dans l’avenir toutes les nations se rassembler autour de Jérusalem pour servir le Dieu d’Israël, se trouve également en Is 2 2-4 (= Mi 4 1-3); Jr 12 15-16; 16 19-21; So 3 9-10. Il est l’un des thèmes majeurs du livre de la Consolation : Is 42 1-4, 6; 45 14-16, 20-25; 49 6; 55 3-5; cf. 60. Il s’exprimera encore après l’Exil, Za 2 15; 8 20-23; 14 9, 16; cf. aussi Ps 87 et le livre de Jonas.
- – Verset 15. sauveur. Ce v. isolé tire une leçon théologique : Yahvé n’agit plus directement dans l’histoire comme autrefois, il se cache derrière ses instruments (Cyrus); mais il reste pour son peuple le sauveur dont la toute-puissance est rendue patente par son œuvre créatrice, vv. 18-19.
Dieu, maître de tout l’univers. *
20 Rassemblez-vous et venez ! Approchez tous ensemble, survivants des nations ! Ils sont inconscients ceux qui transportent leurs idoles de bois, qui prient un dieu qui ne sauve pas. 21 Annoncez, produisez vos preuves, que même ils se concertent ! Qui avait proclamé cela dans le passé, qui l’avait annoncé jadis, n’est-ce pas moi, Yahvé ? Il n’y a pas d’autre dieu que moi. Un dieu juste et sauveur, il n’y en a pas excepté moi.
22 Tournez-vous vers moi et vous serez sauvés, tous les confins de la terre, car je suis Dieu, il n’y en a pas d’autre. 23 Je le jure par moi-même, ce qui sort de ma bouche est la vérité, c’est une parole irrévocable : Oui, devant moi tout genou fléchira, par moi jurera toute langue 24 en disant : En Yahvé seul * sont la justice et la force. Jusqu’à lui viendront, couverts de honte, tous ceux qui s’enflammaient contre lui. 25 C’est en Yahvé qu’elle obtiendra le triomphe et la gloire, toute la race d’Israël.
- – Titre. La polémique contre les dieux païens, déjà rencontrée à plusieurs reprises dans le Second Isaïe (cf. 40 12-31+), atteint ici à un universalisme qui ne s’était pas encore affirmé aussi clairement, cf. déjà v. 14.
- – Verset 24. Yahvé seul. « en disant en Yahvé seul » grec, Vulg.; « en Yahvé seul il m’a dit » hébr.