AT-42 HABAQUQ

Chapitres : 1— 2  3

III. Appel à l’intervention de Yahvé

Titre.

3 1 Prière. * De Habaquq le prophète ; * sur le ton des lamentations.

Prélude. Supplication.

2 Yahvé, j’ai appris ton renom, * Yahvé, j’ai redouté ton œuvre ! * En notre temps, fais-la revivre ! En notre temps, fais-la connaître ! * Dans la colère, souviens-toi d’avoir pitié !

  • Vers 1. Prière. Cette prière, comme de nombreux psaumes, joint à la supplication un hymne à la puissance divine. Le titre, la présence de « pauses » et l’indication du v. 19d signalent une utilisation liturgique. – Tout ce ch. est absent du commentaire d’Ha retrouvé à Qumrân,
  • Vers 1. prophète. Comme dans les Ps, cette mention peut indiquer non l’origine littéraire, mais simplement l’appartenance à un recueil, ici au livre d’Habaquq.
  • Vers 2. renom. Litt. « ce que tu fais entendre ».
  • Vers 2. œuvre. L’ensemble des interventions de Yahvé pour son peuple aux temps mosaïques (cf. 1 12). Cf. Ps 44 2-9 ; 77 12-13 ; 95 9 ; Jg 2 7 ; Dt 11 7.
  • Vers 2. connaître. « En notre temps », litt. : « Au milieu des années ». – Pour ces deux derniers stiques, le grec porte : « Au milieu de deux animaux tu te manifesteras ; quand seront proches les années tu seras connu ; quand sera venu le temps tu apparaîtras », texte qui, avec Is 1 3, est à l’origine de la tradition sur les deux animaux, de la crèche de Bethléem.

Théophanie. L’arrivée de Yahvé.

3 Éloah vient de Témân et le Saint du mont Parân. * Sa majesté voile les cieux, la terre est pleine de sa gloire. 4 Son éclat est pareil au jour, des rayons jaillissent de ses mains, * c’est là que se cache sa force.

5 Devant lui s’avance la peste, la fièvre * marche sur ses pas. 6 II se dresse et fait trembler la terre, il regarde et fait frémir les nations. Alors les monts éternels se disloquent, les collines antiques s’effondrent, ses routes de toujours. * 7 J’ai vu les tentes de Kushân frappées d’épouvante, les pavillons du pays de Madiân * sont pris de tremblements.

  • Vers 3. Parân. « Éloah » : nom divin archaïque. Témân : district nord du pays d’Édom ou Séïr. Parân : montagne à situer en Edorri. – Ici commence la théophanie, cf. Ex 19 16+, comprenant l’arrivée, vv. 3-7, et le combat, vv. 8-15, de Yahvé. Cette vision épique évoque par plusieurs traits la marche triomphale de Yahvé à la tête de son peuple lors de l’Exode, type, cf. Is 40 3+, de la délivrance future. Yahvé (« le Saint », cf. Dt 33 3 ; Is 6 3+) s’avance depuis le Sinaï, cf Ex 24 9-11, vers Canaan, cf. Nb 20 14s, par le sud-est de la Palestine, région d’où viennent aussi les orages. Son approche est décrite, vv. 3s, sous l’aspect d’un nuage orageux, cf. Ps 18 8s ; 29. Les expressions désignent tantôt la nuée, tantôt Yahvé qui s’y manifeste.
  • Vers 4. ses mains. « Son éclat » versions; « l’éclat » hébr. – « des rayons », litt. : « des cornes », mais cf. Ex 34 29-30, 35.
  • Vers 5. la fièvre. Le même mot resheph, dérivé du nom du dieu phénicien de l’éclair, désigne la foudre, la grêle, la calamité et, ici (par parallélisme avec « la peste » et cf. Dt 32 24), la fièvre brûlante.
  • Vers 6. toujours. Les expressions « monts éternels », « collines antiques », prennent ici un sens cosmique, cf. Ps 90 2 ; Pr 8 25 ; Jb 15 7 ; elles désignent les lieux de séjour des Patriarches dans Gn 49 26 ; Dt 33 15.
  • Vers 7. Madiân. Madiân, cf. Ex 2 15+. Kushân est sans doute une désignation archaïque de cette même région.

Le combat de Yahvé.

8 Est-ce contre les fleuves, Yahvé, * que flambe ta colère, ou contre la mer ta fureur, * pour que tu montes sur tes chevaux, sur tes chars de salut ? 9 Tu mets à nu ton arc, de flèches tu rassasies sa corde. * De torrents tu crevasses le sol ; * 10 les montagnes te voient, elles sont dans les transes ; une trombe d’eau passe, l’abîme fait entendre sa voix, en haut il tend les mains.

11 Le soleil et la lune restent dans leur demeure ; ils fuient devant l’éclat de tes flèches, sous la lueur des éclairs de ta lance. 12 Avec rage tu arpentes la terre, avec colère tu écrases les nations. 13 Tu t’es mis en campagne pour sauver ton peuple, pour sauver ton oint, * tu as abattu la maison de l’impie, mis à nu le fondement jusqu’au rocher.

14 Tu as percé de tes épieux le chef de ses guerriers qui se ruaient pour nous disperser, * avec des cris de joie comme s’ils allaient, dans leur repaire, dévorer un malheureux. 15 Tu as foulé la mer avec tes chevaux le bouillonnement des grandes eaux !

  • Vers 8. Yahvé. L’hébr. ajoute ici : « ou contre les fleuves ».
  • Vers 8. ta fureur. Comme en Jg 5 4-5 ; Ps 77 17-20 ; 114 3-7, l’intervention de Yahvé s’accompagne de commotions cosmiques, cf. Am 8 9+. Il y a peut-être là l’utilisation poétique d’anciennes traditions sur la création, conçue comme une lutte de Dieu contre les éléments révoltés (l’Abîme, la Mer, le Fleuve, etc.), cf. Jb 7 12+. Ici le combat aboutit à la défaite de l’« impie », c’est-à-dire du Chaldéen, vv. 13-15.
  • Vers 9. sa corde. Texte corrigé d’après un ms grec ; l’hébreu. est inintelligible (litt. : « les serments sont les flèches de la parole »). – Les flèches sont les éclairs, cf. v. 4 et Ps 29 7 ; 77 18. Yahvé comparé à l’archer : cf. Dt 32 23 ; Ez 5 16, etc. L’arc symbole de force : cf. Gn 49 24 ; Jb 29 20, etc.
  • Vers 9. le sol. Pluie diluvienne de l’orage, cf. Ps 77 17-19 ; Jg 5 4.
  • Vers 10. les mains. L’abîme souterrain, l’océan primordial, qui joint ses eaux à la pluie du ciel. Ses « mains » sont les vagues.
  • Vers 13. ton oint. Ici plutôt le peuple, cf. Ps 28 8 ; Ex 19 6, que le roi. – « pour sauver » grec; « le secours » hébreu. – La suite du v. est très difficile et sa traduction incertaine; on s’aide de la Vulg. et on lit « jusqu’au rocher » ‘ad çûr au lieu de « jusqu’au cou » ‘adçawwa’r.
  • Vers 14. disperser. Texte très incertain; « tes épieux » conj.; « ses épieux » hébr. – « ses guerriers » Vulg.; « ses souverains » grec ; l’hébr. a un mot inconnu. – « nous disperser » conj.; « me disperser » hébr.

Conclusion : Crainte humaine et foi en Dieu.

16 J’ai entendu ! * Mon sein frémit. A ce bruit mes lèvres tremblent, la carie pénètre mes os, sous moi chancellent mes pas. * J’attends en paix ce jour d’angoisse qui se lève contre le peuple qui nous assaille ! 17 (Car le figuier ne bourgeonnera plus ; plus rien à récolter dans les vignes. Le produit de l’olivier décevra, les champs ne donneront plus à manger, les brebis disparaîtront du bercail ; plus de bœufs dans les étables.) *

18 Mais moi je me réjouirai en Yahvé, j’exulterai en Dieu mon Sauveur ! 19 Yahvé mon Seigneur est ma force, il rend mes pieds pareils à ceux des biches, sur les cimes * il porte mes pas. Du maître de chant. Sur instruments à cordes *

  • Vers 16. entendu. Cf. v. 2 et Is 21 3-4 ; Jr 23 9 ; Dn 8 18, 27 ; 10 8. La terreur religieuse et l’angoisse du prophète devant le combat de Yahvé et les maux qui l’accompagnent, vv. 16-17, cèdent à la joie du salut et de la sécurité en Yahvé, vv. 18-19, cf. 16e.
  • Vers 16. mes pas. « chancellent mes pas » yirgezû ‘ashurî conj. d’après le grec; « je chancelle qui » ‘ergaz ‘asher hébr. – La fin du v. est incertaine; d’autres traduisent : « pour monter contre un peuple qui l’assaille » ou « quand on monte contre un peuple pour l’assaillir ».
  • Vers 17. les étables. Ce tableau de misère agricole, dans le contexte d’un combat cosmique, peut être une glose (renforçant la leçon d’espérance en Yahvé), à moins qu’il ne veuille décrire les dégâts causés en Juda par la guerre.
  • Vers 19. les cimes. « les cimes » grec ; « mes cimes » hébreu.
  • Vers 19. à cordes. « Sur instruments » conj.; « mes instruments » hébr. – Ces indications figurent d’ordinaire en tête de Psaumes.

Fin du livre de Habaquq