Second oracle. Le juste vivra par sa fidélité.
2 1 Je vais me tenir à mon poste de garde, je vais rester debout sur mon rempart ; je guetterai pour voir ce qu’il me dira, ce qu’il va répondre à ma doléance. * 2 Alors Yahvé me répondit et dit : « Écris la vision, grave-la sur les tablettes pour qu’on la lise facilement.
3 Car c’est une vision qui n’est que pour son temps : * elle aspire * à son terme, sans décevoir ; si elle tarde, attends-la : elle viendra sûrement, sans faillir ! 4 « Voici qu’il succombe, celui dont l’âme n’est pas droite, * mais le juste vivra par sa fidélité. » *
- Vers 1. doléance. « mon rempart » 1 Qp Hab; « le rempart » TM. – « II va répondre » yashîb conj.; cf. la Peshitta; «je répondrai» ‘ashîb hébr. – Le prophète veille sur son peuple comme la sentinelle aux remparts, cf Os 9 8+ ; Is 21 6-12 ; Jr 6 17 ; Ez 3 17 ; 33 1-9 ; Ps 5 4
- Vers 3. son temps. D’où l’ordre d’écrire. La révélation s’accomplira « au temps fixé », cf. Dn 8 19, 26 ; 10 14 ; 11 27, 35, et le document écrit engage pour ce temps la parole de Yahvé, cf. 2 P 3 2, dont il prouvera plus tard la véracité. Cf. Is 8 1, 3 ; 30 8.
- Vers 3. aspire. La vision est douée d’une énergie propre, exprimant une parole de Dieu qui tend à sa réalisation, cf. Is 55 10-11. La liturgie de l’Avent utilise ce v., d’après la trad. grecque divergente, pour exprimer l’attente du Messie. Voir aussi He 10 37.
- Vers 4. pas droite. « il succombe celui Çuttap zû) dont l’âme n’est pas droite» conj.; « elle est enflée Çuppelah), elle n’est pas droite, son âme en lui » hébr. Vulg. : « Celui qui est incrédule, son âme ne sera pas droite en lui ». Grec : « S’il fait défection, mon âme ne se complaît pas en lui; mais le juste vivra de la foi en moi. »
- Vers 4. fidélité. Cette sentence, formulée en termes universels, cf. Is 3 10-11, exprime le contenu de la vision. La « fidélité » (cf Os 2 22 ; Jr 5 1,3 ; 7 28 ; 9 2, etc.) à Dieu, c’est-à-dire à sa parole et à sa volonté, caractérise le « juste » et lui assure ici-bas sécurité et vie (cf. Is 33 6 ; Ps 37 3 ; Pr 10 25, etc.). L’impie, qui manque de cette « droiture », va à sa perte. Dans ce contexte (1 2-4, 12-17 ; 2 5-18) il s’agit ici respectivement du Chaldéen et de Juda : le juste Juda vivra, l’oppresseur périra. Dans le texte des LXX où « fidélité » devient « foi », saint Paul lira la doctrine de la justification par la foi.
II Les malédictions contre l’oppresseur
Prélude.
5 Assurément la richesse trahit ! * Il perd le sens et ne subsiste pas, celui qui dilate sa gorge comme le shéol, celui qui comme la mort est insatiable, qui rassemble pour lui toutes les nations et réunit pour lui tous les peuples ! 6 Tous alors n’entonneront-ils pas une satire contre lui ? Ne tourneront-ils pas d’épigrammes * à son adresse ? Ils diront :
- Vers 5. trahit. « la richesse trahit » 1 Qp Hab; « le vin (est) traître » TM.
- Vers 6. d’épigrammes. « Ne tourneront-ils pas d’épigrammes » ûmeliçah yahûdû conj.; « et une épigramme, des énigmes « ûmeliçah hîdôt hébr. – « ils diront » 1 Qp Hab et grec; « il dira » TM. – La satire, mashal, est un couplet moqueur qui use de la métaphore. L’épigramme, meliçah, est une énigme, qui doit être interprétée. Ces termes caractérisent le genre littéraire des cinq imprécations : en forme solennelle de prophéties, ce sont des menaces proférées en termes voilés.
Les cinq imprécations.
( I )
Malheur * à qui amasse le bien d’autrui (jusques à quand ?) et qui se charge d’un fardeau de gages ! 7 Ne surgiront-ils pas soudain, tes créanciers, ne se réveilleront-ils pas, tes exacteurs ? Tu vas être leur proie !
8 Parce que tu as pillé de nombreuses nations, tout ce qui reste de peuples te pillera, car tu as versé le sang humain, violenté le pays, la cité et tous ceux qui l’habitent !
- Vers 6. Malheur. Contre l’avidité du conquérant. La pensée a la subtilité des discours paraboliques. Le Chaldéen qui s’empare des biens d’autrui en devient débiteur. A ce titre, il sera à son tour la proie des peuples spoliés, devenus ses créanciers. C’est la loi du talion, Ex 21 25+.
( II )
9 Malheur * à qui commet pour sa maison des rapines injustes, afin d’établir bien haut son repaire, afin d’esquiver l’étreinte du malheur ! 10 C’est la honte de ta maison que tu as résolue : en abattant * de nombreux peuples tu as travaillé contre toi-même. 11 Car des murailles mêmes la pierre crie, de la charpente la poutre lui répond. *
- Vers 9. Malheur. Le Chaldéen aura le sort de l’homme qui s’est enrichi par des gains illicites : rien ne lui en restera.
- Vers 10. en abattant. « en abattant » versions; « abattre » hébreu.
- Vers 11. lui répond. « maison » bâtie de biens mal acquis : pierre et bois crient vengeance contre l’injuste possesseur.
( III )
12 Malheur * à qui bâtit une ville dans le sang et fonde une cité sur l’injustice ! 13 N’est-ce point * la volonté de Yahvé Sabaot que les peuples peinent pour le feu, que les nations s’épuisent pour le néant ? 14 Car la terre sera remplie de la connaissance de la gloire de Yahvé comme les eaux couvrent le fond de la mer !
- Vers 12. Malheur. Contre la politique de violence.
- Vers 13. point. « N’est-ce point » versions; « Voici » hébr.; formule de citation, cf. 2 Ch 25 26, qui introduit une parole de Yahvé aux stiques suivants.
( IV )
15 Malheur * à qui fait boire ses voisins, à qui verse son poison * jusqu’à les enivrer, pour regarder leur nudité ! 16 Tu t’es saturé d’ignominie, non de gloire ! Bois à ton tour et montre ton prépuce ! * Elle passe pour toi, la coupe de la droite de Yahvé, et l’infamie va recouvrir ta gloire ! 17 Car la violence faite au Liban * te submergera, ainsi que le massacre d’animaux frappés d’épouvante, car tu as versé le sang humain, violenté le pays, la cité et tous ceux qui l’habitent ! *
- Vers 15. Malheur. Cynisme du conquérant, comme d’un homme qui dans une orgie fait boire ses voisins pour les avilir ; leur ignominie sera la sienne. Sur ce rôle attribué à Babylone, cf. Jr 51 7 ; à Ninive, cf. Na 3 4-7.
- Vers 15. poison. « ses voisins »;1 Qp Hab; « son voisin » TM. – « verse » sens incertain. – « son poison » (cf. Dt 32 24, 33 ; Ps 58 5 ; 140 4 ; ou « sa colère ») 1 Qp Hab, Symmaque et Vulg.; « ton poison » TM.
- Vers 16. prépuce. Débauche et honte du Chaldéen incirconcis, enivré à son tour.
- Vers 17. au Liban. Le Liban ravagé, cf. Is 37 24, et dont Nabuchodonosor exploita les cèdres pour ses constructions, cf. Is 14 8, peut être aussi symbole d’Israël, cf. Is 33 9 ; Jr 21 14 ; 22 6-7, 20-23.
- Vers 17. l’habitent. Le v. 18 est reporté après le v. 19, comme semble l’exiger le sens.
( V )
19 Malheur * à qui dit au morceau de bois : « Réveille-toi ! » à la pierre silencieuse : « Sors de ton sommeil ! » (C’est cela l’oracle !) * Placage d’or et d’argent, certes, mais sans un souffle de vie qui l’anime !
18 A quoi sert une sculpture pour que la sculpte son artiste ? une image de métal, un oracle menteur, pour qu’en eux se confie celui qui les façonne en vue de fabriquer des idoles muettes ? 20 Mais Yahvé réside dans son temple saint : * silence devant lui, terre entière ! *
- Vers 19. Malheur. Contre l’idolâtrie insensée du Chaldéen.
- Vers 19. l’oracle. Glose provenant peut-être de 18b.
- Vers 20. saint. Le Temple de Jérusalem, mais surtout le palais céleste d’où Yahvé va sortir, cf. 3 3s.
- Vers 20. entière. Ce silence prépare la théophanie de 3 3-15. Cf. Is 41 1 ; Ps 76 9 10.