AT-19 LE LIVRE D’ESTHER

CHAPITRES : 1— 2  3  4 

3 1 Quelque temps après, le roi Assuérus distingua Aman, fils de Hamdata, du pays d’Agag. * Il l’éleva en dignité, lui accorda prééminence sur tous les grands officiers, ses collègues, 2 et tous les serviteurs du roi, préposés au service de sa Porte, s’agenouillaient et se prosternaient devant lui, car tel était l’ordre du roi. Mardochée refusa de fléchir le genou et de se prosterner. * 3 « Pourquoi transgresses-tu l’ordre royal ? » dirent à Mardochée les serviteurs du roi préposés à la Royale Porte. 4 Mais ils avaient beau le lui répéter tous les jours, il ne les écoutait pas. Ils dénoncèrent alors le fait à Aman, pour voir si Mardochée persisterait dans son attitude (car il leur avait dit qu’il était Juif) – 5 Aman put en effet constater que Mardochée ne fléchissait pas le genou devant lui ni ne se prosternait : il en prit un accès de fureur. 6 Comme on l’avait instruit du peuple de Mardochée, il lui parut que ce serait peu de ne frapper que lui et il prémédita de faire disparaître, avec Mardochée, tous les Juifs établis dans tout le royaume d’Assuérus.

  • Vers 19. second harem. Texte corrigé. Hébr. (suivi par Vulg.) : « Lorsque les jeunes filles furent rassemblées pour la deuxième fois, Mardochée siégeait à la Porte » ; grec : « Mardochée était en fonction dans le palais ». La mention de Mardochée et de sa fonction est inattendue ici. Elle revient bien en place au v. 21, dont elle est sans doute une dittographie.
  • Vers 20. sa tutelle. Le grec, plus religieux que l’hébr., lit : « Quant à Esther, elle n’avait pas fait connaître sa patrie. Mardochée lui avait en effet recommandé de craindre Dieu et d’observer ses commandements comme au temps où elle était avec lui. Et Esther n’avait pas changé de conduite. »
  • Vers 21. Royale Porte. L’expression désigne l’ensemble des services royaux, ou, en d’autres cas, les bâtiments qui les abritaient (nous traduisons alors « la Porte Royale »).
  • Vers 1. pays d’Agad. Pays inconnu, dont le nom, celui d’un roi d’Amaleq vaincu par Saül, 1 S 15 7-9, a pu être choisi pour souligner l’opposition entre Aman et Mardochée, Benjaminîte et fils de Qish comme Saül.
  • Vers 2. se prosterner. La prostration exigée, geste de déférence admis dans toutes les cours orientales et attesté dans la Bible, cf. 1 R 1 23; 2 R 4 37, etc., n’avait rien en soi qui put offusquer un Juif. Plutôt donc qu’une fidélité immédiate à Dieu et à sa Loi (comme en Dn 1 8; 3 12; 6 14), Mardochée met dans son refus une fierté raciale, que la prière du texte grec interprétera dans un sens religieux, 4 17.

III. Les Juifs menacés

Décret d’extermination des Juifs.

7 L’an douze d’Assuérus, le premier mois, qui est Nisan, on tira, sous les yeux d’Aman, le « Pûr » * (c’est-à-dire les sorts), par jour et par mois. Le sort étant tombé sur le douzième mois, qui est Adar, 8 * Aman dit au roi Assuérus : « Au milieu des populations, dans toutes les provinces de ton royaume, est dispersé un peuple à part. Ses lois ne ressemblent à celles d’aucun autre et les lois royales sont pour lui lettre morte. * Les intérêts du roi ne permettent pas de le laisser tranquille. 9 Que sa perte soit donc signée, si le roi le trouve bon, et je verserai à ses fonctionnaires, au compte du Trésor royal, dix mille talents d’argent. »

10 Le roi ôta alors son anneau de sa main et le donna à Aman, fils de Hamdata, le persécuteur des Juifs. 11 « Garde ton argent, lui répondit-il. Quant à ce peuple, je te le livre, fais-en ce que tu voudras ! » 12 Une convocation fut donc adressée aux scribes royaux pour le treize du premier mois et l’on mit par écrit tout ce qu’Aman avait ordonné aux satrapes du roi, aux gouverneurs de chaque province et aux grands officiers de chaque peuple, selon l’écriture de chaque province et la langue de chaque peuple. Le rescrit fut signé du nom d’Assuérus, scellé de son anneau, 13 et des courriers transmirent à toutes les provinces du royaume des lettres mandant de détruire, tuer et exterminer tous les Juifs, depuis les adolescents jusqu’aux vieillards, enfants et femmes compris, le même jour, à savoir le treize du douzième mois, qui est Adar, et de mettre à sac leurs biens.

13a Voici le texte de cette lettre : « Le Grand Roi Assuérus aux gouverneurs des cent vingt-sept provinces qui vont de l’Inde à l’Éthiopie, et aux chefs de district, leurs subordonnés :

13b Placé à la tête de peuples sans nombre et maître de toute la terre, je me suis proposé de ne point me laisser enivrer par l’orgueil du pouvoir et de toujours gouverner dans un grand esprit de modération et avec bienveillance afin d’octroyer à mes sujets la perpétuelle jouissance d’une existence sans orages, et, mon royaume offrant les bienfaits de la civilisation et la libre circulation d’une de ses frontières à l’autre, d’y instaurer cet objet de l’universel désir qu’est la paix. 13c Or, mon conseil entendu sur les moyens de parvenir à cette fin, l’un de mes conseillers, de qui la sagesse parmi nous éminente, l’indéfectible dévouement, l’inébranlable fidélité ont fait leurs preuves, et dont les prérogatives viennent immédiatement après les nôtres, Aman, 13d nous a dénoncé, mêlé à toutes les tribus du monde, un peuple mal intentionné, en opposition par ses lois avec toutes les nations, et faisant constamment fi des ordonnances royales, au point d’être un obstacle au gouvernement que nous assurons à la satisfaction générale.

13e Considérant donc que ledit peuple, unique en son genre, se trouve sur tous les points en conflit avec l’humanité entière, qu’il en diffère par un régime de lois étranges, qu’il est hostile à nos intérêts, qu’il commet les pires méfaits jusqu’à menacer la stabilité de notre royaume.

13f Pour ces motifs, nous ordonnons que toutes les personnes à vous signalées dans les lettres d’Aman, commis au soin de nos intérêts et pour nous un second père, soient radicalement exterminées, femmes et enfants inclus, par l’épée de leurs ennemis, sans pitié ni ménagement aucun, le quatorzième jour du douzième mois, soit Adar, de la présente année, 13g afin que, ces opposants d’aujourd’hui comme d’hier étant précipités de force dans l’Hadès en un jour, stabilité et tranquillité plénières soient désormais assurées à l’État. »

14 La copie de cet édit, destiné à être promulgué comme loi dans chaque province, fut publiée parmi toutes les populations afin que chacun se tînt prêt au jour dit. 15 Sur l’ordre du roi, les courriers partirent dans les plus brefs délais. L’édit fut promulgué d’abord à la citadelle de Suse. Et tandis que le roi et Aman se prodiguaient en festins et beuveries, dans la ville de Suse régnait la consternation. *

  • Vers 7. le «Pûr». Mot babylonien que l’auteur explique. En fait Aman a décidé l’extermination. Il ne demande au sort que de désigner le jour favorable. Le grec, complétant l’hébreu, ajoute qu’Aman fit un décret la douzième année du roi, qu’il jeta les sorts pour perdre la race de Mardochée et que le sort tomba sur le quatorzième jour du mois qui est Adar. – Ce v. est peut-être une addition, introduite en même temps que la section concernant la fête des « Purim », 9 24-26.
  • Vers 8. Aman dit. Lucien paraphrase ainsi : « Aman, jaloux et agité en tous ses sentiments, en devint tout rouge et détourna de lui ses yeux. Puis, d’un cœur pervers, il parla en mal d’Israël au roi : II y a un peuple, dit-il, dispersé dans tous les royaumes, un peuple belliqueux et insoumis, ayant des lois toutes particulières. Mais de tes lois, ô roi, ils ne tiennent pas compte, connus qu’ils sont parmi tous les peuples comme de méchantes gens. Tes décrets, ils les violent afin d’anéantir ta gloire. »
  • Vers 8. lettre morte. Ces griefs contre les Juifs se retrouvent dans plusieurs écrits de l’époque hellénistique, cf. 3 13d~e; Dn 1 8; 3 8-12; Jdt 12 2; Esd 4 12s; Sg 2 14s et l’apocryphe 3 Maccabées.
  • Vers 14. la consternation. Ici la Vêt. Lat. introduit une prière des Juifs, où s’expriment des sentiments de pénitence pour les péchés du peuple et des appels à la fidélité de Dieu.