AT-25 L’ECCLÉSIASTE (Qohélet)

Chapitres : 1—  4  5  6 

5 1 Ne hâte pas tes lèvres, que ton cœur ne se presse pas de proférer une parole devant Dieu, car Dieu est au ciel et toi sur la terre ; aussi, que tes paroles soient peu nombreuses. 2 Car du nombre des tracas vient le songe, du nombre des paroles, le ton de l’insensé. 3 Si tu fais un vœu à Dieu, ne tarde pas à l’accomplir, car Dieu n’aime pas les insensés. Ton vœu, accomplis-le.

4 Et mieux vaut ne pas faire de vœu que d’en faire un sans l’accomplir. 5 Ne laisse pas ta bouche faire de toi un pécheur. Et ne va pas dire au Messager que c’était par inadvertance : * pourquoi donner à Dieu l’occasion de s’irriter contre toi et de ruiner l’œuvre de tes mains ? 6 Car du nombre des songes viennent les vanités et les paroles multipliées. * Ainsi crains Dieu.

7 Si tu vois dans une province le pauvre opprimé, la justice et le droit bafoués, n’en sois pas surpris ; car au-dessus d’une autorité veille une plus haute autorité, et de plus hautes au-dessus d’elles. 8 Mais le profit qu’on tire d’une terre est à tous, un roi est servi par les champs. *

  • Titre . Les misères de la vie en société : l’oppression de la force et la défaite de l’homme isolé, 4 1-12 ; l’engouement politique, 4 13-16 ; la religion moutonnière et l’abus des vœux, 4 17-5 6; la tyrannie du pouvoir, 5 7-8.
  • Vers 6. le vent. « à poursuivre le vent » conj.; « et poursuite de vent » hébr.
  • Vers 12. facilement. L’image du fil triple se retrouve, sous la même forme, dans un texte sumérien du cycle de Gilgamesh, également comme illustration de l’avantage d’être deux plutôt que solitaire.
  • Vers 14. le royaume. Traduction incertaine d’un texte obscur.
  • Vers 15. l’usurpateur. Ou simplement : « le successeur », litt. « celui qui se dresse à sa place ».
  • Vers 17. font le mal. Ou : car ils ne savent rien, si ce n’est faire le mal ». Tout ce v. est difficile.
  • Vers 5. inadvertance. On peut voir dans le « Messager » l’ange devant qui on ne peut se disculper, une des fonctions angéliques étant de faire le relevé des bonnes œuvres, cf. Tb 12 12+; Ac 10 4, ou encore le prêtre qui attend l’exécution du vœu, cf. Ml 2 7. Les Septante ont corrigé en « Dieu ». – Sur les péchés par inadvertance, cf. Lv 4; Nb 15 22s,
  • Vers 6. multipliées. Ce petit proverbe (litt. « dans le nombre des songes, et vanités et paroles multipliées ») est probablement mutilé. Certains corrigent d’après le v. 2 et lisent : « du nombre des tracas viennent les songes, et du nombre des paroles les vanités »; ou encore : « du nombre des songes viennent les vanités, abondance de paroles, poursuite de vent ». Mais ces conjectures n’ont aucun appui dans les versions anciennes.
  • Vers 8. les champs. Traduction littérale d’un v. très obscur dont l’interprétation reste discutée. On peut y voir une allusion aux injustices commises sous prétexte d’obéissance à une autorité supérieure, injustices qui ont pour conséquence de priver les pauvres du revenu de leurs terres, et en viennent finalement à nuire même aux grands.

L’argent. *

5 9 Qui aime l’argent ne se rassasie pas d’argent, qui aime l’abondance n’a pas de revenu, cela aussi est vanité. 10 Où abonde le bien, abondent ceux qui le mangent, quel avantage pour le propriétaire, sinon un spectacle pour les yeux ? 11 Le sommeil du travailleur est doux, qu’il ait mangé peu ou beaucoup ; mais la satiété du riche ne le laisse pas dormir.

12 II est un tort criant que je vois sous le soleil : la richesse gardée par son possesseur à son propre détriment. 13 II perd cette richesse dans une mauvaise affaire, il met au monde un fils, il n’a plus rien en main. 14 Comme il était sorti du sein de sa mère, tout nu, il s’en retournera, comme il était venu. De son travail il n’a rien retiré qui lui reste en main. 15 Cela aussi est un tort criant qu’il s’en aille comme * il était venu : Quel profit retire-t-il d’avoir travaillé pour le vent ? 16 Et puis tous ses jours se passent dans l’obscurité, le deuil, * les chagrins nombreux, la maladie et l’irritation.

17 Voici ce que j’ai vu : le bonheur qui convient à l’homme, * c’est de manger et de boire, et de trouver le bonheur dans tout le travail qu’il accomplit sous le soleil, tout au long des jours de la vie que Dieu lui donne, car c’est là sa part. 18 Et tout homme à qui Dieu donne richesses et ressources, qu’il laisse maître de s’en nourrir, d’en recevoir sa part et de jouir de son travail, cela est un don de Dieu. 19 Car il ne se souvient guère des jours de sa vie tant que Dieu occupe son cœur à la joie.