AT-23 LES PSAUMES (51 à 100) 2ème Partie

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PSAUME 86(85)

Prière dans l’épreuve. *

1 Prière. De David. Tends l’oreille, Yahvé, réponds-moi, pauvre et malheureux que je suis ; 2 garde mon âme, car je suis ton ami, sauve ton serviteur qui se fie en toi. Tu es mon Dieu, * 3 pitié pour moi, Seigneur, c’est toi que j’appelle tout le jour ; 4 réjouis l’âme de ton serviteur, quand j’élève mon âme vers toi, Seigneur. 5 Seigneur, tu es pardon et bonté, plein d’amour pour tous ceux qui t’appellent ;

6 Yahvé, entends ma prière, attentif à la voix de ma plainte. 7 Au jour de l’angoisse, je t’appelle, car tu me réponds, Seigneur ; 8 entre les dieux, pas un comme toi, rien qui ressemble à tes œuvres. 9 Tous les païens * viendront t’adorer, Seigneur, et rendre gloire à ton nom ; 10 car tu es grand et tu fais des merveilles, toi, Dieu, et toi seul.

11 Enseigne-moi, Yahvé, tes voies, afin que je marche en ta vérité, rassemble mon cœur pour craindre ton nom. 12 Je te rends grâce de tout mon cœur, Seigneur mon Dieu, à jamais je rendrai gloire à ton nom, 13 car ton amour est grand envers moi, tu as tiré mon âme du tréfonds du shéol. 14 Ô Dieu, des orgueilleux ont surgi contre moi, une bande de forcenés pourchasse mon âme, point de place pour toi devant eux.

15 Mais toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d’amour et de vérité, 16 tourne-toi vers moi, pitié pour moi ! Donne à ton serviteur ta force et ton salut au fils de ta servante, 17 fais pour moi un signe de bonté. Ils verront, mes ennemis, et rougiront, car toi, Yahvé, tu m’aides et me consoles.

  • Titre. Composition hellénistique sans grande unité littéraire, qui reflète l’état d’âme de Juifs dévots, précurseurs des Assidéens de l’époque maccabéenne.
  • Vers 2. tu es mon Dieu. « qui se fie en toi. Tu es mon Dieu » conj.; « Tu es mon Dieu qui se fie en toi » hébr.
  • Vers 9. les païens. L’hébreu. ajoute ici « que tu fis », glose déplacée du stique précédent.

PSAUME 87 (86)

Sion, mère des peuples. *

1 Des fils de Coré. Psaume. Cantique. Sa fondation sur les montagnes saintes, 2 Yahvé la chérit, préférant les portes de Sion à toute demeure de Jacob. 3 II parle * de toi pour ta gloire, cité de Dieu : 4 « Je compte Rahab et Babylone parmi ceux qui me connaissent, voyez Tyr, la Philistie ou l’Ethiopie, un tel y est né. » 5

Mais de Sion l’on dira : « Tout homme y est né » * et celui qui raffermit, c’est le Très-Haut. 6 Yahvé inscrit au registre les peuples : * « Un tel y est né », 7 et les princes, comme les enfants. Tous font en toi leur demeure. *

  • Titre. La sainte Sion, cité de Dieu, 2 S 5 9+, doit devenir la capitale spirituelle et la mère de tous les peuples. Tous les voisins païens d’Israël : Égypte (« Rahab »), Ethiopie, Syro-Palestine, Mésopotamie, sont appelés à connaître le vrai Dieu et à lui fournir des prosélytes. Telle est la volonté de Yahvé, qu’exprime un oracle. vv. 4-5. Le Ps s’inspire d’Isaïe et de Zacharie. Isaïe annonçait déjà ce rôle maternel de Sion, épouse féconde de Yahvé, rôle par lequel elle figure l’Église.
  • Vers 3. il parle. « il parle » conj.; « il est parlé » hébr.
  • Vers 5. y est né. Les païens sont adoptés par Sion, qui devient leur vraie patrie.
  • Vers 6. les peuples. II s’agit de la liste des citoyens, Is 4 3; Ez 13 9, plutôt que du livre apocalyptique des destinées, Ps 69 29. Les païens inscrits deviennent donc citoyens de Sion.
  • Vers 7. leur demeure. « les princes » mss, versions; « les chanteurs » TM (confusion de deux lettres presque identiques). – « tous font leur demeure » grec: « toutes mes sources (sont en toi)» hébr. (mal vocalisé).Dieu inscrit les princes étrangers en qualité d’enfants (Litt. « engendrés ») de Sion.

PSAUME 88 (87)

Prière du fond de la détresse. *

1 Cantique. Psaume. Des fils de Coré. Du maître de chant. Pour la maladie. Pour l’affliction. Poème. De Hémân l’indigène. 2 Yahvé, Dieu de mon salut, lorsque je crie la nuit devant toi, 3 que jusqu’à toi vienne ma prière, prête l’oreille à mes sanglots. 4 Car mon âme est rassasiée de maux et ma vie est au bord du shéol ; 5 déjà compté comme descendu dans la fosse, je suis un homme fini : 6 congédié * chez les morts, pareil aux tués qui gisent dans la tombe, eux dont tu n’as plus souvenir et qui sont retranchés de ta main.

7 Tu m’as mis au tréfonds de la fosse. dans les ténèbres, dans les abîmes ; 8 sur moi pèse ta colère, tu déverses toutes tes vagues. 9 Tu as éloigné de moi mes compagnons, tu as fait de moi une horreur pour eux ; je suis enfermé et ne puis sortir, 10 mon œil est usé par le malheur. Je t’appelle, Yahvé, tout le jour, je tends les mains vers toi :

11 « Pour les morts fais-tu des merveilles, les ombres se lèvent-elles pour te louer ? 12 Parle-t-on de ton amour dans la tombe, de ta vérité au lieu de perdition ? * 13 Connaît-on dans la ténèbres tes merveilles et ta justice au pays de l’oubli ? » 14 Et moi, je crie vers toi, Yahvé, le matin, ma prière te prévient ; 15 pourquoi, Yahvé, repousses-tu mon âme, caches-tu loin de moi ta face ?

16 Malheureux et mourant dès mon enfance, j’ai enduré tes effrois, je suis à bout ; * 17 sur moi ont passé tes colères, tes épouvantes m’ont réduit à rien. * 18 Elles me cernent comme l’eau tout le jour, se referment sur moi toutes ensemble. 19 Tu éloignes de moi amis et proches ; ma compagnie, c’est la ténèbres.

  • Titre. A cette prière angoissée, comparer les plaintes de Job.
  • Vers 6. congédié. Ou « libéré » (grec) : dans la tombe, le serviteur est libéré de son maître, cf. Jb 3 19. Ainsi en va-t-il du pauvre affligé : il n’a plus de relations avec Dieu.
  • Vers 12. de perdition. En hébr. « Abaddôn », Jb 26 6; 28 22; Pr 15 11; Ap 9 11.
  • Vers 16. à bout. «je suis à bout » ‘apugah conj.; cf. Ps 77 3; ‘apunah hébr., inintelligible.
  • Vers 17. à rien. « m’ont réduit à rien » çimmetûnï conj.; çimmelûtûtît hébr., inintelligible. – Ces deux fautes sont probablement des retouches, visant à édulcorer un texte choquant par son pessimisme.

PSAUME 89 (88)

Hymne et prière au Dieu fidèle. *

1 Poème. D’Étân l’indigène. 2 L’amour de Yahvé à jamais je le chante, d’âge en âge ma parole annonce ta vérité. 3 car tu as dit : * l’amour est bâti à jamais, les cieux, tu fondes en eux ta vérité. 4 « J’ai fait une alliance avec mon élu, j’ai juré à David mon serviteur : 5 A tout jamais j’ai fondé ta lignée, je te bâtis d’âge en âge un trône. »

6 Les cieux rendent grâce pour ta merveille, Yahvé, pour ta vérité, dans l’assemblée des saints. 7 Qui donc en les nues se compare à Yahvé, s’égale à Yahvé parmi les fils des dieux ? 8 Dieu redoutable au conseil des saints, * grand * et terrible à tout son entourage, 9 Yahvé, Dieu Sabaot, qui est comme toi ? Yahvé puissant, que ta vérité entoure !

10 C’est toi qui maîtrises l’orgueil de la mer, quand ses flots se soulèvent, c’est toi qui les apaises ; 11 c’est toi qui fendis Rahab * comme un cadavre, dispersas tes adversaires par ton bras de puissance. 12 A toi le ciel, à toi aussi la terre, le monde et son contenu, c’est toi qui les fondas ; 13 le nord et le midi, c’est toi qui les créas, le Tabor et l’Hermon à ton nom crient de joie.

14 A toi ce bras et sa prouesse, puissante est ta main, sublime est ta droite ; 15 Justice et Droit sont l’appui de ton trône, Amour et Vérité marchent devant ta face. 16 Heureux le peuple qui sait l’acclamation ! Yahvé, à la clarté de ta face ils iront ; 17 en ton nom ils jubilent tout le jour, en ta justice ils s’exaltent.

18 L’éclat de leur puissance, c’est toi, dans ta faveur tu exaltes notre vigueur ; 19 car à Yahvé est notre bouclier, à lui, Saint d’Israël, est notre roi. 20 Jadis, en vision, tu as parlé et tu as dit à tes amis : * « J’ai prêté assistance à un preux, j’ai exalté un cadet de mon peuple. 21 J’ai trouvé David mon serviteur, je l’ai oint de mon huile sainte ; 22 pour lui ma main sera ferme, mon bras aussi le rendra fort.

23 L’adversaire ne pourra le tromper, le pervers ne pourra l’accabler ; 24 j’écraserai devant lui ses agresseurs, ses ennemis, je les frapperai. 25 Ma vérité et mon amour avec lui, par mon nom s’exaltera sa vigueur ; 26 j’établirai sa main sur la mer et sur les fleuves sa droite. 27 II m’appellera : « Toi, mon père, mon Dieu et le rocher de mon salut ! » 28 si bien que j’en ferai l’aîné, le très-haut sur les rois de la terre.

29 A jamais je lui garde mon amour, mon alliance est pour lui véridique ; 30 j’ai pour toujours établi sa lignée, et son trône comme les jours des cieux. 31 Si ses fils abandonnent ma loi, ne marchent pas selon mes jugements, 32 s’ils profanent mes préceptes et ne gardent pas mes commandements, 33 je visiterai avec des verges leur péché, avec des coups leur méfait, 34 mais sans retirer * de lui mon amour, sans faillir dans ma vérité.

35 Point ne profanerai mon alliance, ne dédirai le souffle de mes lèvres ; 36 une fois j’ai juré par ma sainteté : mentir à David, jamais ! 37 Sa lignée à jamais sera, et son trône comme le soleil devant moi, 38 comme est fondée la lune à jamais, témoin véridique dans la nue. » 39 Mais toi, tu as rejeté et répudié, tu t’es emporté contre ton oint ; * 40 tu as renié l’alliance de ton serviteur, tu as profané jusqu’à terre son diadème.

41 Tu as fait brèche à toutes ses clôtures, tu as mis en ruines ses lieux forts ; 42 tous les passants du chemin l’ont pillé, ses voisins en ont fait une insulte. 43 Tu as donné la haute main à ses agresseurs, tu as mis en joie tous ses adversaires ; 44 tu as brisé son épée contre le roc, * tu ne l’as pas épaulé dans le combat.

45 Tu as ôté son sceptre de splendeur, * renversé son trône jusqu’à terre ; 46 tu as écourté les jours de sa jeunesse, étalé sur lui la honte. 47 Jusques à quand, Yahvé, seras-tu caché ? jusqu’à la fin ? brûlera-t-elle comme un feu, ta colère ? 48 Souviens-toi de moi : quelle est ma durée ? pour quel néant as-tu créé les fils d’Adam ?

49 Qui donc vivra sans voir la mort, soustraira son âme à la griffe du shéol ? 50 Où sont les prémices de ton amour, Seigneur ? Tu as juré à David sur ta vérité. 51 Souviens-toi, Seigneur, de l’insulte à ton serviteur : je reçois en mon sein tous les traits des peuples ; 52 ainsi tes adversaires, Yahvé, ont insulté, ainsi insulté les traces de ton oint ! 53 Béni soit Yahvé à jamais ! Amen ! Amen ! *

  • Titre. Le prélude, vv. 2-3, suivi du rappel de l’alliance davidique, vv. 4-5, et d’un hymne au Créateur, vv. 6-19, introduit un oracle messianique, vv. 20-38, et, en contraste, l’évocation des humiliations nationales, vv. 39-46, conclue par une prière, vv. 47-52. Le couple « amour » – « fidélité » est un leit-motiv du Ps.
  • Vers 3. tu as dit. « tu as dit » grec, Vulg.; « j’ai dit » hébreu.
  • Vers 8. des saints. « fils des dieux » et « saints » désignent ici les anges.
  • Vers 8. grand. « grand » grec; l’hébr. joint « grand » à « conseil ».
  • Vers 11. Rahab. Nom d’un monstre mythique personnifiant le chaos marin, cf. Jb 7 12+; il désigne parfois aussi l’Égypte, Ps 87 4, cf. Is 30 7+.
  • Vers 20. à tes amis. Samuel et Natân.
  • Vers 34. sans retirer. « retirer » 13 mss, syr., Vulg.; « casser » TM.
  • Vers 39. ton oint. Le terme désigne ici toute la dynastie davidique.
  • Vers 43. contre le roc. « tu as brisé… contre le roc » sha ‘apta baççûr conj.; « tu as même fait reculer le tranchant (de son épée) » ‘ap tashib çur hébr.
  • Vers 45. de splendeur. «son sceptre de splendeur» matteh hodô conj.; «de son éclat » (?) mitteharô hébr.
  • Vers 53. Amen. Doxologie terminant le troisième livre du Psautier

PSAUME 90 (89)

Fragilité de l’homme. *

1 Prière. De Moïse, homme de Dieu. * Seigneur, tu as été pour nous un refuge * d’âge en âge. 2 Avant que les montagnes fussent nées, enfantés la terre et le monde, de toujours à toujours tu es Dieu. 3 Tu fais revenir le mortel à la poussière en disant : « Revenez, fils d’Adam ! » 4 Car mille ans sont à tes yeux comme le jour d’hier qui passe, comme une veille dans la nuit. 5 Tu les submerges de sommeil, ils seront le matin comme l’herbe qui pousse ; 6 le matin, elle fleurit et pousse, le soir, elle se flétrit et sèche.

7 Par ta colère, nous sommes consumés, par ta fureur, épouvantés. 8 Tu as mis nos torts devant toi, nos secrets sous l’éclat de ta face. 9 Sous ton courroux tous nos jours déclinent, nous consommons nos années comme un soupir. * 10 Le temps de nos années, quelque soixante-dix ans, quatre-vingts, si la vigueur y est ; mais leur grand nombre n’est que peine et mécompte, car elles passent vite, et nous nous envolons.

11 Qui sait la force de ta colère et, te craignant, connaît ton courroux ? 12 Fais-nous savoir comment compter nos jours, que nous venions de cœur à la sagesse ! * 13 Reviens, Yahvé Jusques à quand ? Prends en pitié tes serviteurs. * 14 Rassasie-nous de ton amour au matin, nous serons dans la joie et le chant tous les jours.

15 Rends-nous en joies tes jours de châtiment et les années où nous connûmes le malheur. 16 Paraisse ton œuvre pour tes serviteurs, ta splendeur soit sur leurs enfants ! 17 La douceur du Seigneur soit sur nous ! Confirme l’ouvrage de nos mains ! *

  • Titre. Prière d’un sage pénétré des Écritures (allusions à Gn, Jb, Dt), qui médite sur la faiblesse humaine et la brièveté de la vie écourtée par le péché.
  • Vers 1. homme de Dieu. Ce Ps est le seul qui soit attribué à Moïse, peut-être à cause de ses contacts avec Gn et Dt 32.
  • Vers 1. un refuge. « refuge » grec; « demeure » hébr.
  • Vers 9. un soupir. Le syr. a compris « comme une araignée », que grec et Vulg. ajoutent.
  • Vers 12. la sagesse. De la connaissance de la fragilité humaine procède la sagesse, qui est crainte de Dieu, Pr 1 7+.
  • Vers 13. tes serviteurs. Les vv. 14-17 vont étendre à tout Israël la méditation et la prière dont l’objet était l’homme seul.
  • Vers 17. de nos mains. L’hébr. ajoute « notre Dieu » après « Seigneur » et, à la fin, « sur nous et confirme l’ouvrage de nos mains », doublet.