AT-23 LES PSAUMES (01 à 50) – 1ère Partie

Pages : 1—  2  3 

PSAUME 6

Imploration dans l’épreuve. *

1 Du maître de chant. Sur les instruments à cordes. Sur l’octacorde. Psaume. De David. 2 Yahvé, ne me châtie point dans ta colère, ne me reprends point dans ta fureur. 3 Pitié pour moi, Yahvé, je suis à bout de force, guéris-moi, Yahvé, mes os sont bouleversés, 4 mon âme est toute bouleversée. Mais toi, Yahvé, jusques à quand ? 5 Reviens, Yahvé, délivre mon âme, * sauve-moi, en raison de ton amour. 6 Car, dans la mort, nul souvenir de toi : dans le shéol, qui te louerait ? * 7 Je me suis épuisé en gémissements, chaque nuit, je baigne ma couche ; de mes larmes j’arrose mon lit, 8 mon œil est rongé de pleurs. Insolence chez tous mes oppresseurs ; * 9 loin de moi, tous les malfaisants ! Car Yahvé entend la voix de mes sanglots ; 10 Yahvé entend ma supplication, Yahvé accueillera ma prière. 11 Tous mes ennemis, confondus, bouleversés, qu’ils reculent, soudain confondus !

  • Titre. C’est le premier des sept « Psaumes de pénitence» (6; 32; 38; 51; 102; 130; 143). Un malade implore son Dieu.
  • Vers 5. mon âme. Le mot hébreu nephesh, cf. Gn 2 7, désigne le souffle vital (et par extension la gorge), qui est au principe de la vie et se retire à la mort. Ce mot désigne souvent l’homme, ou l’animal, comme individu animé, Gn 12 1; 14 21; Ex 1 5; 12 4, etc., ou dans les différentes fonctions de sa vie corporelle ou affective, toujours liées entre elles, cf. Gn 2 21+. L’expression «mon âme » équivaut souvent au pronom réfléchi « moi-même », cf. Ps 3 3; 44 26; 124 7; Gn 12 13; Ex 4 19; 1 S 1 26; 18 1-3, etc., tout connue « ma vie », « ma face », « ma gloire ». Ces différents sens de l’« âme » resteront vivants dans le NT (psyché), cf. Mt 2 20; 10 2X; 16 25-26; 1 Co 4 16+; 15 44+.
  • Vers 6. louerait. Au shéol, cf. Mb 16 33+, les morts mènent une vie diminuée et silencieuse, sans plus entretenir de rapports avec Dieu, Is 38 18; Ps 30 10; 88 6, 11-13.
  • Vers 8. oppresseurs. «insolence» ‘ateqah conj.; «il a vieilli» ‘atqah hébr. Les « oppresseurs » voient dans les épreuves du malade le châtiment de quelque faute cachée (cf. les amis de Job). Thème ailleurs plus développé (Ps 31; 35; 38; 69).

PSAUME 7

Prière du juste persécuté. *

1 Lamentation. De David. Qu’il chanta à Yahvé à propos de Kush * le Benjaminite. 2 Yahvé mon Dieu, en toi j’ai mon abri, sauve-moi de tous mes poursuivants, délivre-moi ; 3 qu’il n’emporte comme un lion mon âme, lui qui déchire, et personne qui délivre ! 4 Yahvé mon Dieu, si j’ai fait cela, laissé la fraude sur mes mains, 5 si j’ai rendu le mal à mon bienfaiteur, épargné un injuste oppresseur, * 6 que l’ennemi poursuive mon âme et l’atteigne ! Qu’il écrase ma vie contre terre et relègue mes entrailles * dans la poussière ! 7 Lève-toi, Yahvé, dans ta colère, dresse-toi contre les excès de mes oppresseurs, réveille-toi, mon Dieu. * Tu ordonnes le jugement. 8 Que l’assemblée des nations t’environne, reviens au-dessus d’elle, 9 (Yahvé est l’arbitre des peuples.) Juge-moi, Yahvé, selon ma justice et selon mon intégrité. * 10 Mets fin à la malice des impies, confirme le juste, toi qui sondes les cœurs et les reins, ô Dieu le juste ! 11 Le bouclier qui me couvre, c’est Dieu, le sauveur des cœurs droits, 12 Dieu le juste juge, lent à la colère, * mais Dieu en tout temps menaçant 13 pour qui ne revient. Que l’ennemi * affûte son épée, qu’il bande son arc et l’apprête, 14 c’est pour lui qu’il apprête les engins de mort et fait de ses flèches des brandons ; 15 le voici en travail de malice, il a conçu la peine, il enfante le mécompte. 16 II ouvre une fosse et la creuse, il tombera dans le trou qu’il a fait ; 17 sa peine reviendra sur sa tête, sa violence lui retombera sur le crâne. 18 Je rends grâce à Yahvé pour sa justice, je joue pour le Nom du Très-haut. *

  • Titre. Deux protestations d’innocence sont ici fusionnées. La première, vv. 1-6, 13b-17, de style sapientiel, réclame la stricte application du talion, la seconde, w. 7-1a, inspirée de Jérémie, conjure le Juge céleste d’intervenir. Le v. 18 est une conclusion liturgique.
  • Vers 1. Kush. Les versions ont « Kushite », cf. 2 S 18 21 : c’est le messager qui annonça à David la mort d’Absalom. Mais l’épithéte « Benjaminite » suggère plutôt un ennemi de David.
  • Vers 5. oppresseur. Le principe du talion, cf. Ex 21 25+, voulait que l’on rendît le bien pour le bien et le mal pour le mal. Il ne faut pas édulcorer le texte comme les versions qui traduisent : « rendre le mal à qui me le faisait » ou comprendre (d’après l’araméen) : « dépouillé (mon oppresseur) ». On n’en est pas encore à la morale évangélique, Mt 5 38s.
  • Vers 6. entrailles. Litt. a ma gloire », mais le mot désigne aussi le foie, organe des pensées et des sentiments pour les Sémites. Ce terme peut aussi désigner l’âme. La « poussière » est celle du tombeau.
  • Vers 7. mon Dieu. « mon Dieu » (‘eli) grec; « vers moi » (‘elay) hébr.
  • Vers 9. intégrité. Le texte ajoute : « sur moi ».
  • Vers 12. la colère. « lent à la colère » grec; omis par hébr.
  • Vers 13. l’ennemi. Mot suppléé pour le sens, ce distique étant la suite normale du v. 6
  • Vers 18. Très Haut. «Très-Haut» conj.; «Yahvé très-haut» hébreu. – Le verbe hébr. zamar, grec psallein, habituellement traduit « psalmodier », signifie proprement : jouer d’un instrument (à cordes) ou chanter avec accompagnement musical.

PSAUME 8

Puissance du nom divin.

1 Du maître de chant. Sur la … de Gat. * Psaume. De David. 2 Yahvé, notre Seigneur, qu’il est puissant ton nom * par toute la terre ! Lui qui redit * ta majesté plus haute que les cieux 3 par la bouche des enfants, des tout petits, * tu l’établis, lieu fort, * à cause de tes adversaires pour réduire l’ennemi et le rebelle. 4 A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles, que tu fixas, 5 qu’est donc le mortel, que tu t’en souviennes, le fils d’Adam, que tu le veuilles visiter ? 6 A peine le fis-tu moindre qu’un Dieu ; * tu le couronnes de gloire et de beauté, 7 pour qu’il domine sur l’œuvre de tes mains ; tout fut mis par toi sous ses pieds, 8 brebis et bœufs, tous ensemble, et même les bêtes des champs, 9 l’oiseau du ciel et les poissons de la mer, quand il va par les sentiers des mers. 10 Yahvé, notre Seigneur, qu’il est puissant ton nom par toute la terre !

  • Vers 1. de Gat. Peut-être la harpe, ou une mélodie d’origine philistine.
  • Vers 2. ton nom. Le nom divin permet au croyant, dès qu’il sait le prononcer, de participer à la gloire de Yahvé, cf. v. 6. Fait à l’image de Dieu, l’homme est ainsi associé à sa souveraineté, cf. Ps 20 2; 54 3, 8; Is 63 17. C’est sans doute ce thème qui a causé le rapprochement avec le Ps précédent.
  • Vers 2. qui redit. « qui redit » tinnah conj.; « veuille donner » tenah hébr.
  • Vers 3. tout petits. Le Christ a cité ce texte à propos des enfants qui acclamaient son triomphe des Rameaux. La liturgie en use pour célébrer le témoignage des saints Innocents, cf. Mt 2 16; 21 16.
  • Vers 3. lieu fort. Comme dans Pr 18 10, etc.; le nom divin confond toute idolâtrie en révélant le Dieu unique, Yahvé, cf. Ex 3 14.
  • Vers 6. qu’un dieu. L’auteur pense aux êtres mystérieux qui forment la cour de Yahvé, Ps 29 1+, les « anges » du grec et de la Vulg. Cf. Ps 45 7+; Tb 5 4+.

PSAUME 9-10

Dieu abat les impies et sauve les humbles. *

1 Du maître de chant. Sur hautbois et harpe * Psaume. De David. 2 Je te rends grâce, Yahvé, de tout mon cœur, j’énonce toutes tes merveilles, 3 j’exulte et me réjouis en toi, je joue pour ton nom, Très-Haut. 4 Mes ennemis retournent en arrière, ils fléchissent, ils périssent devant ta face, 5 quand tu m’as rendu sentence et jugement, siégeant sur le trône en juste juge. * 6 Tu as maté les païens, fait périr l’impie, effacé leur nom pour toujours et à jamais ; 7 l’ennemi est achevé, ruines sans fin, tu as renversé des villes, et leur souvenir a péri. Voici, * 8 Yahvé siège pour toujours, il affermit pour le jugement son trône ; 9 lui, il jugera le monde avec justice, prononcera sur les nations avec droiture. 10 Que Yahvé soit un lieu fort pour l’opprimé, un lieu fort aux temps de détresse ! 11 En toi se confient ceux qui connaissent ton nom, tu n’abandonnes point ceux qui te cherchent, Yahvé. 12 Jouez pour Yahvé, l’habitant de Sion, racontez parmi les peuples ses hauts faits ! 13 Lui qui s’enquiert du sang se souvient d’eux, il n’oublie pas le cri des malheureux. 14 Pitié pour moi, Yahvé, vois mon malheur, * tu me fais remonter des portes de la mort,15 que j’énonce toute ta louange aux portes de la fille de Sion, joyeux de ton salut. 16 Les païens ont croulé dans la fosse qu’ils ont faite, au filet qu’ils ont tendu, leur pied s’est pris. 17 Yahvé s’est fait connaître, il a rendu le jugement, il a lié l’impie dans l’ouvrage de ses mains. 18 Que les impies retournent au shéol, tous ces païens qui oublient Dieu ! 19 Car le pauvre n’est pas oublié jusqu’à la fin, l’espoir des malheureux ne périt pas à jamais. 20 Dresse-toi, Yahvé, que l’homme ne triomphe, qu’ils soient jugés, les païens, devant ta face ! 21 Jette, Yahvé, sur eux l’épouvante, qu’ils connaissent, les païens, qu’ils sont hommes !

  • Titre. Les Ps 9 et 10 ne formaient à l’origine qu’un seul poème (ainsi dans grec et Vulg.) : le porte-parole des « pauvres », cf. So 2 3+, décrit dans un hymne et implore dans une prière l’avènement du jugement divin sur les impies. Le Psaume est « alphabétique » (cf. Pr 31 10+), mais plusieurs lettres n’ont pas de strophes qui leur correspondent dans le texte reçu, qui est en mauvais état.
  • Vers 1. harpe. . Sens incertain. L’hébreu. peut se traduire mot à mot : « sur (l’air de) mourir pour le fils ».
  • Vers 5. juste juge. Le jugement divin est considéré comme acquis, le « jour de ‘Yahvé » le mettra en lumière. Ce thème eschatologique est fréquent dans les Ps.
  • Vers 7. Voici. Voici » hinneh conj.; « eux et » hemmah we hébr.
  • Vers 14. malheur. L’hébr. ajoute : « à cause de ceux qui me haïssent ».

PSAUME 10

1 Pourquoi, Yahvé, restes-tu loin, pourquoi te caches-tu aux temps de détresse ? 2 Sous l’orgueil de l’impie le malheureux est pourchassé, il est pris aux ruses que l’autre a combinées. 3 L’impie se loue des désirs de son âme, l’homme avide qui bénit méprise Yahvé, * 4 l’impie, arrogant, ne cherche point : « Pas de Dieu ! » voilà toute sa pensée. * 5 A chaque instant ses démarches aboutissent, tes jugements sont trop hauts pour lui, tous ses rivaux, il souffle sur eux. 6 II dit en son cœur : « Je tiendrai bon d’âge en âge. » Lui qui n’est pas dans le malheur, 7 il maudit. Fraude et violence lui emplissent la bouche, sous sa langue peine et méfait ; 8 il est assis à l’affût dans les roseaux, sous les couverts il massacre l’innocent. Des yeux il épie le misérable, * 9 à l’affût, bien couvert, comme un lion dans son fourré, à l’affût pour ravir le malheureux, il ravit le malheureux en le traînant dans son filet. 10 II épie, s’accroupit, se tapit, * le misérable tombe en son pouvoir ; 11 il dit en son cœur : « Dieu oublie, il se couvre la face pour ne pas voir jusqu’à la fin. » 12 Dresse-toi, Yahvé ! O Dieu, lève ta main, * n’oublie pas les malheureux ! 13 Pourquoi l’impie blasphème-t-il Dieu, dit-il en son cœur : « Tu ne chercheras point » ? 14 Tu as vu, toi, la peine et les pleurs, tu regardes pour les prendre en ta main : à toi le misérable s’abandonne, l’orphelin, toi, tu le secours. * 15 Brise le bras de l’impie, du méchant, tu chercheras son impiété, tu ne la trouveras plus. 16 Yahvé est roi pour toujours et à jamais, les païens ont disparu de sa terre. 17 Le désir des humbles, tu l’écoutés, Yahvé, tu affermis leur cœur, tu tends l’oreille, 18 pour juger l’orphelin et l’opprimé : qu’il cesse de faire peur, l’homme né de la terre !

  • Vers 3. Yahvé. Le texte des w. 3-4 est incertain et sans doute retouché pour haçerim hébr. – « il épie », litt. « (ses yeux) épient », versions; des raisons théologiques (« bénit » est un euphémisme comme en « se cachent » hébr. 1 R 21 10, 13 et Jb 15, 11; 25, 9). Les versions offrent des variantes.
  • Vers 4. sa pensée. En niant l’action de la Providence, l’impie en vient pratiquement à nier Dieu.
  • Vers 8. le misérable. « roseaux » haçirîm conj.; cf. 1s 35 7; « enclos » ou « villages
  • Vers 10. se tapit. » « II épie » conj. pour restituer la lettre codé’, omis par hébr. – « s’accroupit », litt. « s’écrase » qeré, grec; « écrasé » ketib.
  • Vers 12. ta main. Pour sauver, Ps 138 7, et pour frapper, Is 11 15; Ez 36 7; Mi 5 8.
  • Vers 14. le secours. Le texte de ce v. est incertain.