AT-28 L’ECCLÉSIASTIQUE

Chapitre : 1—   19  20  21 

Silence et parole.

20 1 Il y a des reproches intempestifs, il y a un silence qui dénote l’homme sensé. 2 Mieux vaut faire des reproches que garder sa colère. 3 Celui qui s’accuse d’une faute évite la peine. 4 Tel l’eunuque qui voudrait déflorer une jeune fille, tel celui qui prétend rendre la justice par la violence. 5 Tel se tait et passe pour sage, tel autre se fait détester pour son bavardage.

6 Tel se tait parce qu’il ne sait que répondre, tel autre se tait qui attend son heure. 7 Le sage sait se taire jusqu’au bon moment, mais le bavard et l’insensé manquent l’occasion. 8 Celui qui parle trop se fait détester et celui qui prétend s’imposer suscite la haine.

Paradoxes.

9 Tel trouve son salut dans le malheur et parfois une aubaine provoque un dommage. 10 II y a des générosités qui ne te profitent pas et il y a des générosités qui rapportent le double. 11 Parfois la gloire apporte l’humiliation et certains dans l’abaissement lèvent la tête. * 12 Tel achète beaucoup de choses avec peu d’argent, et cependant les paie sept fois trop cher.

13 Par des paroles le sage se fait aimer mais les générosités des sots vont en pure perte. 14 Le cadeau de l’insensé ne te sert à rien car ses yeux sont avides de recevoir le septuple ; * 15 il donne peu et reproche beaucoup, il ouvre la bouche comme un crieur public ;

il prête aujourd’hui, demain il redemande : c’est un homme détestable. 16 L’insensé dit : « Je n’ai pas un ami, de mes bienfaits nul ne me sait gré ; 17 ceux qui mangent mon pain ont mauvaise langue. » Tant de gens, si souvent, se gaussent de lui ! *

  • Vers 11. la tête. Le sens n’est pas certain. L’interprétation donnée ici paraît conforme au contexte : elle affirme le rapprochement des contraires : la gloire produit l’humiliation, l’abaissement produit l’exaltation. On songe au Magnificat : « II a renversé les potentats de leur trône et élevé les humbles. »
  • Vers 14. le septuple. D’après syr. et lat.; « car ses yeux sont beaucoup au lieu d’un » grec.
  • Vers 17. de lui. Grec 248 et lat. ajoutent : « II n’accueille pas la richesse avec un esprit droit, ni l’absence de richesse avec indifférence. »

Paroles maladroites.

18 Mieux vaut un faux pas sur le pavé qu’une incartade de langage ; c’est ainsi que trébuchent soudainement les méchants. 19 Un homme grossier est comme une gaudriole ressassée par des imbéciles. * 20 De la bouche du sot on n’accepte pas un proverbe, car il ne le dit pas à propos.

21 Tel est préservé du péché par son indigence, à ses heures de loisir il n’a pas de remords. 22 Tel se perd par respect humain, il se perd par égard pour un insensé. 23 Tel par timidité fait des promesses à son ami et s’en fait un ennemi sans motif.

  • Vers 19. imbéciles. Interprétation incertaine d’un texte peu sûr. On peut préférer le syr. : « Comme une queue grasse de brebis mangée sans sel, ainsi une parole intempestive. »

Le mensonge.

24 C’est une grave souillure pour un homme que le mensonge, il est ressassé par les ignorants. 25 Mieux vaut un voleur qu’un maître menteur, mais l’un et l’autre vont à leur perte. 26 L’habitude du mensonge est une abomination, la honte du menteur est sans cesse sur lui.

Sur la sagesse.

27 Par ses discours le sage se fait estimer et l’homme avisé plaît aux grands. * 28 Celui qui cultive la terre obtient une bonne récolte, celui qui plaît aux grands se fait pardonner l’injustice. 29 Présents et cadeaux aveuglent les yeux des sages, comme un bâillon sur la bouche ils étouffent les reproches. 30 Sagesse cachée et trésor invisible, à quoi servent-ils l’un et l’autre ? 31 Mieux vaut un homme qui cache sa folie qu’un homme qui cache sa sagesse. *

  • Vers 27. aux grands. La sagesse du scribe est d’abord un savoir-faire qui permet de réussir dans la vie, spécialement par la faveur des grands.
  • Vers 31. sa sagesse. La sagesse est faite pour briller et éclairer les hommes ; la cacher, c’est manquer à sa vocation. – Grec 248 ajoute :« Mieux vaut la persévérance inflexible dans la recherche du Seigneur que l’agitation anarchique de sa propre vie. »