AT-22 LE LIVRE DE JOB

CHAPITRES : 1—  18  19  20 

Le triomphe de la foi dans l’abandon de Dieu et des hommes.

19 1 Job prit la parole et dit ; 2 Jusqu’à quand allez-vous me tourmenter et m’écraser par vos discours ? 3 Voilà dix fois que vous m’insultez et me malmenez sans vergogne. 4 Même si je m’étais égaré, mon égarement resterait en moi seul. * 5 Mais, en vérité, quand vous pensez triompher de moi et m’imputer mon opprobre, 6 sachez que Dieu lui-même m’a fait du tort et enveloppé de son filet. *

7 Si je crie à la violence, pas de réponse ; si j’en appelle, point de jugement. 8 II a dressé sur ma route un mur infranchissable ; mis des ténèbres sur mes sentiers. 9 II m’a dépouillé de ma gloire, ôté la couronne de ma tête. 10 II me sape de toutes parts pour me faire disparaître ; il déracine comme un arbre mon espérance.

11 Enflammé de colère contre moi, il me considère comme son adversaire. 12 Ensemble ses troupes sont arrivées ; elles ont frayé vers moi leur chemin d’approche, campé autour de ma tente. 13 Mes frères, il les a écartés de moi, mes relations s’appliquent à m’éviter. 14 Mes proches et mes familiers ont disparu, les hôtes de ma maison m’ont oublié. *

15 Mes servantes me tiennent pour un intrus, je suis un étranger à leurs yeux. 16 Si j’appelle mon serviteur, il ne répond pas, et je dois moi-même le supplier. 17 Mon haleine répugne à ma femme, ma puanteur à mes propres frères. * 18 Même les gamins me témoignent du mépris : si je me lève, ils se mettent à dauber sur moi. 19 Tous mes intimes m’ont en horreur, mes préférés se sont retournés contre moi.

20 Sous ma peau, ma chair tombe en pourriture et mes os se dénudent comme des dents. * 21 Pitié, pitié pour moi, ô vous mes amis ! car c’est la main de Dieu qui m’a frappé. 22 Pourquoi vous acharner sur moi comme Dieu sans vous rassasier de ma chair ?

23 Oh ! je voudrais qu’on écrive mes paroles, qu’elles soient gravées en une inscription, 24 avec le ciseau de fer et le stylet, * sculptées dans le roc pour toujours ! 25 Je sais, moi, que mon Défenseur * est vivant, que lui, le dernier, se lèvera sur la poussière. * 26 Après mon éveil, il me dressera près de lui * et, de ma chair, je verrai Dieu. 27 Celui que je verrai sera pour moi, celui que mes yeux regarderont ne sera pas un étranger. Et mes reins en moi se consument. 28 Lorsque vous dites : « Comment l’accabler, quel prétexte trouverons-nous en lui ? » 29 craignez pour vous-mêmes l’épée, car la colère s’enflammera * contre les fautes, et vous saurez qu’il y a un jugement.

  • – Verset 4. moi seul. Un égarement qu’excuserait la souffrance, cf. 6 24+-. Grec ajoute : « en prononçant des mots qui ne conviennent pas, avec des paroles qui s’égarent et sont intempestives ».
  • – Verset 6. son filet. Et non pas Job qui se prend lui-même au filet de ses fautes, cf. 18 8.
  • – Verset 14. m’ont oublié. « les hôtes de ma maison » emprunté au début du v. 15.
  • – Verset 17. propres frères. Litt. « les fils de mon ventre ». La formule est insolite pour désigner les enfants d’un père : seule, l’expression « fruit du ventre » peut s’appliquer occasionnellement a ceux-ci (cf. Dt 28 53; Mi 6 7; ps 132 11). Comme le poète suppose ailleurs la mort des fils de Job (cf. 8 4; 29 5), il s’agit plutôt de frères utérins et la formule s’éclaire en partie par 3 10 (cf. aussi Ps 69 9 : « les fils de ma mère »).
  • – Verset 20. des dentsV. corrigé d’après le grec; hébr. : « à ma peau et à ma chair adhèrent mes os et je m’échappe avec la peau de mes dents ».
  • – Verset 24. le stylet. « et le stylet » weçipporen d après Jr 17 1 ; « et du plomb » we ‘ oparet hébr.
  • Verset 25. Défenseur. Le mot go ‘ei, imparfaitement rendu par « défenseur », est un terme technique du droit israélite, cf. Mb 35 19+. On l’applique souvent à Dieu, sauveur de son peuple et vengeur des opprimés. Il fut appliqué au Messie par le judaïsme rabbinique, d’où sans doute la traduction de saint Jérôme « mon rédempteur ». – Job calomnié et condamné par ses amis attend un Défenseur qui n’est autre que Dieu lui-même, à moins qu’il ne faille y voir un médiateur céleste qui prendrait la défense de Job et le réconcilierait avec Dieu, cf. 16 19.
  • Mais Job continue à croire son bonheur perdu et sa mort prochaine : Dieu n’interviendra pour venger sa cause qu’après sa mort. Toutefois Job espère en être témoin, « voir » son vengeur. Il semble donc ici (après avoir imaginé, 14 10-14, la possibilité d’une attente au shéol durant le temps de la colère), dans un élan de foi au Dieu qui peut faire revenir du shéol (cf. 1 S 2 6; 1 R 17 17-24; Ez 37), escompter un retour passager à la vie corporelle, pour le temps de la vengeance. Cette brève échappée de la foi de Job hors des bornes infranchissables de la condition mortelle, pour satisfaire son besoin de justice dans une situation désespérée, prélude à la révélation explicite de la résurrection de la chair, cf. 2 M 7 9+.
  • – Verset 25. la poussière« se lèvera » : terme juridique, appliqué souvent au témoin ou au juge, 31 14; Dt 19 16; Is 2 19, 21; Ps 126. – «le dernier» rappelle Is 44 6; 48 12.
  • – Verset 26. près de lui. « mon éveil » ‘ûrî conj.; « ma peau » * ori hébr. – « il me dressera près de lui » zeqapanî ‘ittô conj.; « ils ont détruit cela » niqqepû zo hébr.
  • – Verset 29. s’enflammera. « s’enflammera » d’après le grec; hébr. inintelligible.