AT-22 LE LIVRE DE JOB

CHAPITRES : 1—  2   4 

II. Dialogue

1. PREMIER CYCLE DE DISCOURS

Job maudit le jour de sa naissance.

 3   1 Enfin Job ouvrit la bouche et maudit le jour de sa naissance. 2 II prit la parole et dit : 3 Périsse le jour qui me vit naître et la nuit qui annonça : « Un garçon vient d’être conçu : * 4 Ce jour-là, qu’il soit ténèbres, que Dieu, de là-haut, ne le réclame pas, que la lumière ne brille pas sur lui ! 5 Que le revendiquent ténèbres et ombre épaisse, qu’une nuée s’installe sur lui, qu’une éclipse en fasse sa proie ! * 6 Oui, que l’obscurité le possède, qu’il ne s’ajoute pas aux jours de l’année, * n’entre point dans le compte des mois ! 7 Cette nuit-là, qu’elle soit stérile, qu’elle ignore les cris de joie ! 8 Que la maudissent ceux qui maudissent les jours * et sont prêts à réveiller Léviathan ! * 9 Que se voilent les étoiles de son aube, qu’elle attende en vain la lumière et ne voie point s’ouvrir les paupières de l’aurore ! 10 Car elle n’a pas fermé sur moi la porte du ventre, pour cacher à mes yeux la souffrance.

11 Pourquoi ne suis-je pas mort au sortir du sein, n’ai-je péri aussitôt enfanté ? 12 Pourquoi s’est-il trouvé deux genoux pour m’accueillir, deux mamelles pour m’allaiter ? 13 Maintenant je serais couché en paix, je dormirais d’un sommeil reposant, 14 avec les rois et les grands ministres de la terre, qui ont bâti leurs demeures dans des lieux désolés, * 15 ou avec les princes qui ont de l’or en abondance et de l’argent plein leurs tombes. * 16 Ou bien, tel l’avorton caché, je n’aurais pas existé, comme les petits qui ne voient pas le jour.

17 Là * prend fin l’agitation des méchants, là se reposent les épuisés. 18 Les captifs de même sont laissés tranquilles et n’entendent plus les cris du surveillant. 19 Là petits et grands se confondent et l’esclave recouvre sa liberté. 20 Pourquoi donner à un malheureux la lumière, la vie à ceux qui ont l’amertume au cœur, 21 qui aspirent après la mort sans qu’elle vienne, fouillent à sa recherche plus que pour un trésor ?

22 Ils se réjouiraient en face du tertre funèbre, * exulteraient s’ils atteignaient la tombe. 23 Pourquoi ce don à l’homme qui ne voit plus sa route et que Dieu enclot sur lui-même, 24 Pour nourriture, j’ai mes soupirs, comme l’eau s’épanchent mes rugissements. 25 Toutes mes craintes se réalisent et ce que je redoute m’arrive. 26 Ni tranquillité ni paix pour moi, et mes tourments chassent le repos.

  • – Verset 3. conçu. Deux malédictions parallèles, celle du jour de la naissance et celle de la nuit de la conception.
  • – Verset 5sa proie. « ombre épaisse » çaltnût conj.; « ombre de la mort » calmawet hébr. – « éclipse » kamrîr yôm conj.; « comme des amertumes du jour » kimerîrê yôm hébr.
  • – Verset 6. de l’année. « Oui » tiré du v. 7, et on supprime « cette nuit-là », dû à une contamination du même v. – «s’ajoute» syr., Vulg.; «se réjouisse » hébr.
  • – Verset 8. les jours. Soit les ennemis de la lumière, ceux qui agissent dans les ténèbres, cf. 24 13s; 38 15; soit ceux qui, comme Job, maudissent le jour de leur naissance; soit plutôt des sorciers ou jeteurs de sorts, capables, croyait-on, par leurs imprécations et sortilèges, de changer les jours fastes en jours néfastes, ou bien d’attirer les éclipses, lorsque « Léviathan » engloutissait momentanément le soleil.
  • – Verset 8. Léviathan. Léviathan (ou encore le Dragon, le Serpent Fuyard), cf. 26 13; 40 25+; Is 27 1; M 9; Am 9 3; ps 74 14; 104 26, était dans la mythologie phénicienne un monstre du chaos primitif, cf. 7 12+; l’imagination populaire pouvait toujours craindre qu’il ne se réveillât, attiré par une malédiction efficace contre l’ordre existant. Le dragon de Ap 12 3, qui incarne la résistance à Dieu de la puissance du mal, revêt certains traits de ce serpent chaotique.
  • – Verset 14. lieux désolés. Litt. « qui bâtissent des ruines (harabôi) pour eux ». L’expression pourrait signifier, à la lumière d’Is 58 12 et 61 4, « rebâtir des ruines » : les rois de Babylonie et d’Assyrie se glorifient souvent de l’avoir fait. Mais le pronom « pour eux » renvoie plutôt à des demeures funéraires édifiées à l’avance dans des lieux déserts ou solitaires. C’était tout spécialement le cas en Égypte. Il se peut que le mot harabôt ait suffi à désigner, chez les Hébreux, les mastabas ou les pyramides.
  • – Verset 15. tombes. Litt. « leurs maisons », c’est-à-dire leurs « maisons d’éternité », cf. Qo 12 5, ou demeures funéraires, cf. aussi ps 49 12. De fait, les fouilles archéologiques (notamment à Ur et en Égypte) ont révélé les richesses accumulées dans les tombes royales ou princières.
  • – Verset 17Là. Au shéol, cf. Nb 16 33+.
  • – Verset 22. funèbre. « (en face du) tertre funèbre » gai ou goîel conj.; « (jusqu’à) jubilation » gîl hébr.,