III. Discours d’Élihu
Intervention d’Élihu. *
32 1 Ces trois hommes cessèrent de répondre à Job parce qu’il s’estimait juste. * 2 Mais voici que se mit en colère Élihu, fils de Barakéel le Buzite, du clan de Ram. Sa colère s’enflamma contre Job parce qu’il prétendait avoir raison contre Dieu ; 3 elle s’enflamma également contre ses trois amis, qui n’avaient plus rien trouvé à répliquer et ainsi avaient laissé les torts à Dieu. * 4 Tandis qu’ils parlaient * avec Job, Élihu avait attendu, car ils étaient ses anciens ; 5 mais quand il vit que ces trois hommes n’avaient plus de réponse à la bouche, sa colère éclata. 6 Et il prit la parole, lui, Élihu, fils de Barakéel le Buzite, et il dit :
- – Titre. L’intervention d’Élihu n’est pas préparée dans le Dialogue, et il n’en sera plus question dans la conclusion. L’argumentation, le vocabulaire et le style tranchent sur ceux des interlocuteurs précédents; certains passages anticipent sur les Discours de Yahvé. Les discours d’Élihu paraissent ainsi avoir été ajoutés au livre de Job par un autre auteur inspiré.
- – Verset 1. juste. Rien ne pouvant ébranler Job dans la conviction de son innocence, toute parole leur semble désormais superflue.
- – Verset 3. à Dieu. Le texte porte « à Job », correction de scribe.
- – Verset 4. parlaient. Tandis qu’ils parlaient » conj.; « en paroles » hébr.
Exorde.
Je suis tout jeune encore, et vous êtes des anciens ; aussi je craignais, intimidé, de vous manifester mon savoir. 7 Je me disais : « L’âge parlera, les années nombreuses feront connaître la sagesse. » 8 À la vérité, c’est un esprit dans l’homme, c’est le souffle de Shaddaï qui rend intelligent. *
9 Le grand âge ne donne pas la sagesse, ni la vieillesse le sens du juste. 10 Aussi, je vous invite à m’écouter, * car je vais manifester, à mon tour, mon savoir. 11 Jusqu’ici, j’attendais vos paroles, j’ouvrais l’oreille à vos raisonnements, tandis que chacun cherchait ses mots. 12 Sur vous se fixait mon attention. Et je vois qu’aucun n’a confondu Job, nul d’entre vous n’a réfuté ses dires.
13 Ne dites donc pas ; « Nous avons trouvé la sagesse ; notre doctrine est divine, * non humaine. » 14 Ce n’est pas ainsi * que je discuterai, je répliquerai à Job en d’autres termes. 15 Ils sont restés interdits, sans réponse ; les mots leur ont manqué. 16 Et j’attendais ! Puisqu’ils ne parlent plus, qu’ils ont cessé de se répondre, 17 je prendrai la parole à mon tour, je montrerai moi aussi mon savoir.
18 Car je suis plein de mots, oppressé par un souffle intérieur. 19 En mon sein, c’est comme un vin nouveau cherchant issue et qui fait éclater des outres neuves, * 20 Parler me soulagera, j’ouvrirai les lèvres et je répondrai. 21 Je ne prendrai le parti de personne, à aucun je ne dirai des mots flatteurs. 22 Je ne sais point flatter, car mon Créateur me supprimerait sous peu.
- – Verset 8. intelligent. A la sagesse acquise, Élihu oppose la sagesse « charismatique », reçue par révélation de l’Esprit. La sagesse traditionnelle de l’Orient, introduite en Israël par les Sages, proclamait bien la primauté de la Sagesse divine, cf. Pr 21 30, la corrélation entre sagesse et justice, cf. Pr 1 7; 10 31; 15 33; Ps 119 98-100, la conviction que c’est Dieu qui donne la sagesse, Pr 2 6; 16 33. Mais en dehors du cercle des Sages était connue une sagesse inspirée, cf. Is 11 2; Gn 41 38-39. La pénétration de la Sagesse par l’Esprit s’affirme en Dn 5 11, 12, 14, se développe dans le livre de la Sagesse, Sg 1 5-7; 7 22-23; 9 17, en attendant la révélation nouvelle de l’Esprit dans le NT, cf. 1 Co 2 6-16.
- – Verset 10. m’écouter. Litt. « écoutez-moi » versions; « écoute-moi » hébr.
- – Verset 13. est divine. « notre doctrine », litt. « (Dieu) nous instruit », yallepenû conj.; «(Dieu) le chasse» yiddepennu hébr. – Élihu force les affirmations de ceux qu’il critique.
- – Verset 14. pas ainsi. « ainsi » d’après le grec; « à moi » hébr.
- – Verset 19. outres neuves. Stique corrigé; hébr. : « comme des outres neuves, il éclate ».