AT-22 LE LIVRE DE JOB

CHAPITRES : 1—  8  9  10 

La justice divine domine le droit.

   9    1 Job prit la parole et dit : 2 En vérité, je sais bien qu’il en est ainsi ; l’homme pourrait-il se justifier devant Dieu ? 3 À celui qui se plaît à discuter avec lui, il ne répond même pas une fois sur mille, 4 Parmi les plus sages et les plus robustes qui donc lui tiendrait tête impunément ?

5 II déplace les montagnes à leur insu et les renverse dans sa colère, 6 II ébranle la terre de son site et fait vaciller ses colonnes * 7 A sa défense, le soleil ne se lève pas. il met un sceau sur les étoiles * 8 Lui seul a déployé les Cieux et foulé le dos de la Mer * 9 II a fait l’Ourse et Orion, les Pléiades et les Chambres du Sud. *

10 II est l’auteur d’œuvres grandioses et insondables, de merveilles qu’on ne peut compter. 11 S’il passe sur moi, je ne le vois pas et il glisse imperceptible. 12 S’il ravit une proie, qui l’en empêchera et qui osera lui dire : « Que fais-tu ? »

13 Dieu ne renonce pas à sa colère : sous lui restent prostrés les satellites de Rahab. * 14 Et moi, je voudrais me défendre, * je choisirais mes arguments contre lui ? * 15 Même si je suis dans mon droit, à quoi bon lui répondre ? C’est mon juge qu’il faudrait supplier.

16 Et si, sur mon appel, il daignait comparaître, je ne puis croire qu’il écouterait ma voix, 17 lui, qui m’écrase pour un cheveu, * qui multiplie sans raison mes blessures 18 et ne me laisse même pas reprendre mon souffle, tant il me rassasie d’amertume ! 19 Recourir à la force ? Il l’emporte en vigueur ! Au tribunal ? Mais qui donc l’assignera ? *

20 Si je me justifie, sa bouche * peut me condamner ; si je m’estime parfait, me déclarer pervers. 21 Mais suis-je parfait ? Je ne le sais plus moi-même, et je fais fi de l’existence !

22 Car c’est tout un et j’ose dire : il fait périr de même l’homme intègre et le méchant. 23 Quand un fléau mortel s’abat soudain, il se rit de la détresse des innocents. 24 Dans un pays livré au pouvoir d’un méchant, il met un voile sur la face des juges. Si ce n’est pas lui, qui donc alors ? *

25 Mes jours passent, plus rapides qu’un coureur, ils s’enfuient sans voir le bonheur. 26 Ils glissent comme des nacelles de jonc, comme un aigle fond sur sa proie. 27 Si je décide de refouler ma plainte, de changer de mine pour faire gai visage, 28 l’effroi me saisit en face de tous mes maux, car, je le sais, tu ne me tiens pas pour innocent. *

29 Et si j’ai commis le mal, à quoi bon me fatiguer en vain ? 30 Que je me lave avec de la saponaire, que je purifie mes mains à la soude ? * 31 Tu me plonges alors dans l’ordure ? * et mes vêtements mêmes me prennent en horreur !

32 Car lui n’est pas, comme moi, un homme : impossible de lui répondre, de comparaître ensemble en justice. 33 Pas d’arbitre entre nous pour poser la main sur nous deux, 34 pour écarter de moi ses rigueurs, chasser l’épouvante de sa terreur ! 35 Je parlerai pourtant, sans le craindre, car je ne suis pas tel à mes yeux ! *

Job 9 (1-35)

  • – Verset 6. ses colonnes. La terre repose sur des « colonnes », que Dieu « ébranle » lors des tremblements de terre, 38 6; ps 75 4; 104 5; 1 S 2 8. Les w. 5-7 rappellent les images eschatologiques courantes, cf. Am 8 9+.
  • – Verset 7. les étoilesPour les empêcher de paraître et de briller. Ba 3 34 mentionne l’ordre contraire.
  • – Verset 8. de la Mer. Des phénomènes physiques actuels, l’auteur remonte aux origines de la création. Dieu alors « foula le dos de la mer », c’est-à-dire lui imposa son empire, la maîtrisa aux origines ; même expression dans Dt 33 29. Sur la personnification de la mer, cf. 7 12+,
  • – Verset 9. du Sud. Grec : « celui qui a fait les Pléiades et Vénus et Arcturus et les Chambres du Sud »; Vulg. : « Arcturus et Orion et les Hyades et les Chambres du Sud ». – L’identification de ces constellations n’est que probable.
  • – Verset 13. de Rahab. Rahab, monstre du Chaos, alternant avec Léviathan ou Tannin, est la personnification mythique des eaux primitives, la Mer (Tiamat). Pour affirmer la maîtrise créatrice de Yahvé, l’imagination populaire et poétique le célébrait comme le vainqueur ou le pourfendeur de Rahab, cf. 7 12+ et 26 12+; ps 89 11 ; Is 51 9. En contexte historique, Rahab personnifie la mer Rouge, puis l’Égypte, cf. Is 30 7; ps 87 4.
  • – Verset 14me défendre. Litt. « lui répondre », mais ce verbe a souvent un sens judiciaire : prendre la parole comme témoin ou pour plaider sa propre cause.
  • – Verset 14. contre lui. En face de ce Dieu tout-puissant, à la fois juge et partie, Job ne peut recourir aux formes ordinaires de la procédure humaine. (En d’autres passages du Dialogue se retrouve ce désir d’une justification selon les formes légales.) Job en vient à douter de son innocence, vv. 20-21. Plutôt que la sagesse infinie des jugements de Dieu (que défendra Çophar, 11),il en considère l’arbitraire apparent, cf. v. 24.
  • – Verset 17. un cheveu. « pour un cheveu » syr., Targ.; « dans un tourbillon » hébr.
  • – Verset 19. l’assignera. « l’emporte en vigueur », litt. « le vigoureux c’est lui », Targ.; « le vigoureux, voici » hébr. – « l’assignera » grec, syr.; « m’assignera » hébr.
  • – Verset 20. sa bouche« sa bouche » conj.; « ma bouche » hébr.
  • – Verset 24. donc alors. Parce qu’il croit sans restriction à la Providence universelle, Job ne craint pas de rejeter directement sur Dieu la responsabilité de ces faits « scandaleux ».
  • – Verset 28. pour innocent. Éliphaz et Bildad recommandaient à Job la docilité, 5 17; 8 5-6. Mais Job sait que cette attitude forcée ne peut changer ni son état réel ni les dispositions de Dieu pour lui.
  • – Verset 30. la soude. Dieu seul peut effacer le péché ; le pécheur y est impuissant, mais trouve une issue dans un appel à la miséricorde divine, ainsi ps 51. Job, qui n’a pas conscience d’un péché, partage ce sentiment d’impuissance sans pouvoir partager cet élan.
  • – Verset 31. l’ordure. « dans l’ordure » grec, Vulg ; « dans la fosse » hébreu.
  • – Verset 35. à mes yeux. Job ne veut pas reconnaître une culpabilité dont il n’est pas convaincu.