AT-30 JÉRÉMIE Chap. 1 à 52

CHAP : 1—  14  15  16 

  15  1 Yahvé me dit : Même si Moïse et Samuel * se tenaient devant moi, je n’aurais pas pitié de ce peuple-là ! Chasse-les loin de moi : qu’ils s’en aillent ! 2 Et s’ils te disent : Où aller ? Tu leur répondras : Ainsi parle Yahvé : Qui est pour la peste, à la peste ! qui est pour l’épée, à l’épée ! qui est pour la famine, à la famine ! qui est pour la captivité, à la captivité !

3 Je vais préposer sur eux quatre sortes de choses – oracle de Yahvé – : l’épée pour tuer ; les chiens pour traîner ; les oiseaux du ciel et les bêtes de la terre pour dévorer et détruire. 4 Je ferai d’eux un objet d’épouvante pour tous les royaumes de la terre, à cause de Manassé, * fils d’Ézéchias et roi de Juda, pour ce qu’il a fait à Jérusalem.

  • Titre. Sans doute sous Joiaqim. Le dialogue du prophète avec Yahvé emprunte des traits à une liturgie de lamentations (cf. Jl 1-2; Ps 74 et 79) : description du fléau, 14 2-6; lamentation du peuple, 7-9; réponse de Yahvé, 10-12; plaidoyer de Jérémie, 13-16; nouvelle description du fléau, 17-18; nouvelle lamentation du peuple, 19-22; nouvelle réponse de Yahvé, 15 1-4. Mais à la confession collective comme à l’intercession de Jérémie, Yahvé oppose une réponse négative et ajoute à la menace de la famine celle de l’invasion.
  • Verset 2. et ses villes. Litt. « ses portes », cf. Dt 12 17; 16 5, etc.
  • Verset 8. Yahvé. « Yahvé » 13 mss, grec, Vêt. Lat.; omis par TM.
  • Verset 17. cette parole. Raccord rédactionnel qui introduit maladroitement ce qui suit.
  • Verset 21. et ta gloire. Sion.
  • Verset 1. et Samuel. Les grands intercesseurs, cf. Ex 32 11+; 1 S 7 8-12; Ps 99 6. La tradition postérieure leur adjoindra Jérémie lui-même, 2 M 15 14+.
  • Verset 4. et Manassé. Le principal responsable de la contamination idolâtrique qui affecta le culte yahviste durant près de trois quarts de siècle, cf. 2 R 21.

Les malheurs de la guerre. *

5 Qui donc a compassion de toi, Jérusalem ? Qui donc te plaint ? Qui donc fait un détour pour demander comment tu vas ? 6 Toi-même m’as repoussé – oracle de Yahvé – tu m’as tourné le dos. Alors, j’ai étendu la main contre toi et t’ai détruite : Je suis fatigué de consoler !

7 Avec un van je les ai vannés, aux portes du pays. J’ai dépeuplé, j’ai anéanti mon peuple ; de leurs voies ils ne se détournent pas. 8 Leurs veuves sont devenues plus nombreuses que le sable de la mer. Sur la mère du jeune guerrier, j’amène le dévastateur en plein midi, je fais tomber sur elle, soudain, terreur et épouvante.

9 Elle languit la mère de sept fils, elle défaille. Son soleil s’est couché avant la fin du jour : la voilà honteuse et consternée ; et ce qui reste d’eux, je le livrerai à l’épée, face à leurs ennemis, oracle de Yahvé.

  • Titre. Ce poème a dû être prononcé juste avant le siège de 598.

La vocation renouvelée. *

10 Malheur à moi, ma mère, car tu m’as enfanté homme de querelle et de discorde pour tout le pays ! Jamais je ne prête ni n’emprunte, pourtant tout le monde me maudit. 11 En vérité, Yahvé, ne t’ai-je pas servi de mon mieux ? Ne t’ai-je pas supplié au temps du malheur et de la détresse ? *

12 * Le fer brisera-t-il le fer du Nord et le bronze ? 13 Ta richesse et tes trésors, je vais les livrer au pillage, sans contrepartie, à cause de tous les péchés, sur tout ton territoire. 14 Je te rendrai esclave de tes ennemis * dans un pays que tu ne connais pas, car ma fureur a allumé un feu qui va brûler sur vous. 15 Toi, tu le sais, Yahvé ! Souviens-toi de moi, visite-moi et venge-moi de mes persécuteurs. Dans la lenteur de ta colère ne m’entraîne pas. Reconnais que je subis l’opprobre pour ta cause.

16 Quand tes paroles se présentaient, je les dévorais : ta parole était mon ravissement et l’allégresse de mon cœur. Car c’est ton Nom que je portais, * Yahvé, Dieu Sabaot. 17 Jamais je ne m’asseyais dans une réunion de railleurs * pour m’y divertir. Sous l’emprise de ta main, je me suis tenu seul, car tu m’avais empli de colère.

18 Pourquoi ma souffrance est-elle continue, ma blessure incurable, rebelle aux soins ? Vraiment tu es pour moi comme un ruisseau trompeur aux eaux décevantes ! 19 Alors Yahvé répondit : Si tu reviens, et que je te fais revenir, * tu te tiendras devant moi. Si de ce qui est vil tu tires ce qui est noble, tu seras comme ma bouche. Eux reviendront vers toi, mais toi, tu n’as pas à revenir vers eux !

20 Je ferai de toi, pour ce peuple-là, un rempart de bronze fortifié. Ils lutteront contre toi mais ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te sauver et te délivrer, oracle de Yahvé. 21 Je veux te délivrer de la main des méchants et te racheter de la poigne des violents.

  • Titre. Nouveau dialogue avec Dieu (cf. 11 18 – 12 5), qui atteste une crise intérieure au milieu du ministère du prophète. Ici, comme en 12 5, Yahvé, loin d’apaiser la détresse de Jérémie, la condamne comme « vile » et exige du prophète une nouvelle « conversion », qu’il sanctionne en renouvelant, presque dans les mêmes termes, les ordres et les promesses de la vocation, vv. 19-20; cf. 1 9, 17-19. Sur ces « confessions de Jérémie », 11 18 – 12 5; 15 10-21; 17 14-18; 18 18-23; 20 7-18, voir l’Introduction.
  • Verset 11. la détresse. « En vérité » ‘amen grec; « (Yahvé) dit »  ‘amar hébr.  – «servi» sherattika conj.; «fortifié» sharatika hébr. ketib; « dégagé » sherîtika qeré. – L’hébr. ajoute à la fin du v. « l’ennemi » qui peut être une glose expliquant le « temps du malheur ». – Ce v. est très obscur. En suivant le grec, on le met dans la bouche de Jérémie, ce qui s’accorde mieux avec le contexte. L’hébreu pourrait à la rigueur se traduire : « Yahvé dit : Ne t’ai-je pas délivré pour ton bien? N’ai-je pas fait que l’ennemi vienne t’implorer, au temps du malheur et de la détresse ? » En ce cas, il faudrait sans doute comprendre le v. 12 non pas comme une menace contre Israël, en le liant à ce qui suit, mais comme une promesse de donner à Jérémie la solidité du bronze (cf. 1 18; 15 20), en le rattachant au v. 11.
  • Verset 12. le fer. Les vv. 12-14 (ou 13-14, cf. note précédente), en grande partie doublet de 17 3-4, sont ici hors de leur contexte.
  • Verset 14. tes ennemis. Avec plusieurs mss hébr., grec, syr. et Vêt. Lat, et en accord avec 17 4; hébr. : « je ferai passer tes ennemis ».
  • Verset 16. je portais. Expression employée à propos du Temple, 7 10s; cf. 1 R 8 43.
  • Verset 17. de railleurs. Railleurs, riches et orgueilleux vont de pair : c’est la catégorie maudite par les psaumes, les écrits sapientiaux et l’Évangile, Lc 6 25; Mt 5 3s.
  • Verset 19. fais revenir. Expression typique du style jérémien, cf. 17 14; 20 7. Le prophète souligne ainsi le lien très étroit entre action humaine et action divine. On peut également traduire : « Si tu reviens, je te ferai revenir », cf. de même 1 17; c’est la même idée mais avec une insistance plus nette sur la bonne volonté de l’homme rendant possible l’action de Dieu sur lui. Inversement, l’homme doit reconnaître que si Dieu n’agit pas en lui, il ne peut rien, cf. 31 18.