20 1 Or le prêtre Pashehur, fils d’Immer, qui était le chef de la police dans le Temple de Yahvé, entendit Jérémie qui proférait cet oracle. 2 Pashehur frappa le prophète Jérémie, puis le mit au carcan, à la porte haute de Benjamin, celle qui donne dans le Temple de Yahvé. 3 Le lendemain, Pashehur fit tirer Jérémie du carcan. Alors Jérémie lui dit : « Ce n’est plus Pashehur que Yahvé t’appelle, mais » Terreur-de-tous-côtés « . 4 Car ainsi parle Yahvé : Voici que je vais te livrer à la terreur, toi et tous tes amis ; ils tomberont sous l’épée de leurs ennemis : tes yeux verront cela ! De même Juda tout entier, je le livrerai aux mains du roi de Babylone qui déportera les gens à Babylone et les frappera de l’épée.
5 Je livrerai encore toutes les richesses de cette ville, toutes ses réserves, tout ce qu’elle a de précieux, tous les trésors des rois de Juda, je les livrerai aux mains de leurs ennemis qui les pilleront, les enlèveront et les emporteront à Babylone. 6 Et toi. Pashehur, ainsi que tous les hôtes de ta maison, vous partirez en captivité ; à Babylone tu iras, là tu mourras, là tu seras enterré, toi et tous tes amis à qui tu as prophétisé le mensonge. »
- Titre. Ce morceau ne semble pas d’une seule venue. Il comprend :
- 1° une action symbolique qui a lieu, devant quelques témoins, près de la porte des Tessons et qui est commentée ensuite au Temple, d’où les démêlés avec Pashehur : 19 1, 2b~c, 10-11″, 14-15; 20 1-6; l’événement doit se situer vers 605, avant les faits racontés au en. 36;
- 2° un discours prononcé à Tophèt et adressé aux rois de Juda et aux habitants de Jérusalem : 19 2a, 3-9, 1 lb-13; il reprend de vieux thèmes jérémiens, redevenus actuels sous Joiaqim; il fait allusion, v. 7, au morceau précédent.
- Vers 1. avec toi. « Alors » grec; « Ainsi » hébr. – « à Jérémie » conj.; « à moi » grec; omis par hébr. – « Prends avec toi » syr.; Targ.; omis par hébr.
- Vers 2. des Tessons. La porte des Tessons ou porte de la Poterie ne peut être située avec certitude. La direction donnée (Géhenne) fait penser qu’elle pouvait se trouver à l’est de la porte du Fumier, peut-être non loin du « jardin du roi », cf. 39 4, mais on a parfois aussi voulu identifier ces deux portes.
- Vers 7. je viderai. « Vider », baqaq, fait jeu de mots avec « cruche », baqbuq.
- Vers 13. seront impures. Impureté due aux cadavres, Lv 18 25s; 26 30.
Extraits divers des « Confessions ».
7 Tu m’as séduit, Yahvé, et je me suis laissé séduire ; tu m’as maîtrisé, tu as été le plus fort. * Je suis prétexte continuel à la moquerie, la fable de tout le monde. 8 Chaque fois que j’ai à parler, je dois crier et proclamer : « Violence et dévastation ! » La parole de Yahvé a été pour moi source d’opprobre et de moquerie tout le jour.
9 Je me disais : » Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son Nom ; » mais c’était en mon cœur comme un feu dévorant, enfermé dans mes os. Je m’épuisais à le contenir, mais je n’ai pas pu. 10 J’entendais les calomnies de beaucoup : « Terreur de tous côtés ! * Dénoncez ! Dénonçons-le ! » Tous ceux qui étaient en paix avec moi guettaient ma chute : « Peut-être se laissera-t-il séduire ? Nous serons plus forts que lui et tirerons vengeance de lui ! »
11 Mais Yahvé est avec moi comme un héros puissant ; mes adversaires vont trébucher, vaincus : les voilà tout confus de leur échec ; honte éternelle, inoubliable. 12 Yahvé Sabaot, qui scrutes le juste * et vois les reins et le cœur, je verrai la vengeance que tu tireras d’eux, car c’est à toi que j’ai exposé ma cause. 13 Chantez Yahvé, louez Yahvé, car il a délivré l’âme du malheureux * de la main des malfaisants.
14 Maudit soit le jour où je suis né ! Le jour où ma mère m’enfanta, qu’il ne soit pas béni ! * 15 Maudit soit l’homme qui annonça à mon père cette nouvelle : « Un fils, un garçon t’est né ! » et le combla de joie. 16 Que cet homme soit pareil aux villes que Yahvé a renversées sans pitié ; qu’il entende le cri d’alarme au matin et le cri de guerre en plein midi, 17 car il ne m’a pas fait mourir dès le sein, pour que ma mère soit un tombeau et que ses entrailles me portent à jamais. 18 Pourquoi donc suis-je sorti du sein ? Pour voir tourment et peine et finir mes jours dans la honte.
- Vers 7. plus fort. Ces images de séduction et de lutte marquent l’emprise de Yahvé sur le prophète. Ce dernier semble ici se rebeller contre un Dieu qu’il tient pour responsable de son malheur. L’expression d’un tel désespoir est rare dans la Bible (cf. pourtant Jb 3 1s; Ps 88). Mais Jérémie garde la certitude que Yahvé est le Dieu de la Grâce, et, au cœur même de son angoisse, il pousse un cri d’espérance, vv. 11-13.
- Vers 10. de tous cotés. Expression chère à Jérémie, et que ses adversaires auront, parodiée, cf. 6 25; 20 3; 46 5; 49 29.
- Vers 12. le juste. Ou bien : « avec justice », si l’on suit 2 mss hébr., syr., arabe. Cf. 11 20.
- Vers 13. du malheureux. Le malheureux Çebiôti), ou le pauvre Çanaw), cf. 22 16, avec ici un sens religieux : éprouvé au milieu des hommes, confiant en Dieu. Les « pauvres de Yahvé », cf. So 2 3+, seront la postérité spirituelle de Jérémie.
- Vers 14. pas béni. Jérémie, appelé dès le sein de sa mère, 1 5, maudit le jour de sa naissance. Cette malédiction, qui sera reprise par Jb 3, marque le point extrême de la détresse intérieure du prophète.