AT-34 LE LIVRE DE DANIEL

Chapitre : 1—  2  3 

Le songe de Nabuchodonosor : la statue composite.

Le roi interroge ses devins.

2 1 En l’an II du règne de Nabuchodonosor, Nabuchodonosor eut des songes ; * son esprit en fut troublé, le sommeil le quitta. 2 Le roi ordonna d’appeler magiciens et devins, enchanteurs et chaldéens * pour dire au roi quels avaient été ses songes. Ils vinrent donc et se tinrent devant le roi. 3 Le roi leur dit : « J’ai fait un songe et mon esprit s’est troublé du désir de comprendre ce rêve. » 4 Les chaldéens répondirent au roi : (Araméen)

« Ô roi, vis à jamais ! * Raconte le songe à tes serviteurs et nous t’en découvrirons l’interprétation. » 5 Le roi répondit et dit aux chaldéens : « Que mon propos vous soit connu : si vous ne me faites pas connaître le songe et son interprétation, on vous mettra en pièces et vos maisons seront changées en bourbiers. 6 Mais si vous me découvrez mon songe et son interprétation, vous recevrez de moi présents et cadeaux et grands honneurs. Ainsi donc découvrez-moi mon songe et son interprétation. » 7 Ils reprirent : « Que le roi dise le songe à ses serviteurs et nous lui en découvrirons l’interprétation. » 8 Mais le roi répondit : « Je vois bien que vous voulez gagner du temps, sachant que mon propos est proclamé. 9 Si vous ne me faites pas connaître mon songe, une même sentence vous sera appliquée ; vous vous êtes entendus pour forger des discours mensongers et pervers devant moi pendant que le temps passe. Aussi, rapportez-moi mon songe et je saurai que vous pouvez m’en découvrir le sens. » 10 Les chaldéens répondirent au roi : « II n’est personne sur terre pour découvrir la chose du roi. Et aussi bien, il n’est roi, gouverneur ou chef pour poser pareille question à magicien, devin ou chaldéen. 11 La question que pose le roi est difficile et nul ne peut la découvrir devant le roi, sinon les dieux dont la demeure n’est point parmi les êtres de chair. » 12 Alors le roi s’emporta furieusement et ordonna de faire périr tous les sages de Babylone. 13 Quand le décret de tuer les sages fut promulgué, on chercha Daniel et ses compagnons pour les tuer.

Daniel 2 (1-13)

  • – Verset 1. des songes. Les songes surnaturels servent aux communications de Dieu à l’homme, cf. les ch. 4 et 7. Comparer les songes d’Abraham, Gn 15 12, Abimélek, Gn 20 3, Jacob, Gn 28 10-22 etc. Mais cf. Gn 37 5+ ; Mt 1 20+.
  • – Verset 2. et Chaldéens. Le terme « chaldéen » désigne ici tout devin qui pratique l’art que l’on croit originaire de Chaldée. Les divers termes employés dans les numérations de Dn 1 20 ; 2 2, 10, 27, 4 4 ; 5 7, 11, 15, n’ont d’ailleurs pas de sens technique précis.
  • – Verset 4. vis à jamais. modèle de salutation fréquente dans les textes accadiens et qu’on retrouve à la cour de Perse jusqu’à l’époque islamique.

Intervention de Daniel.

Daniel 2 (14-45)

  • – Verset 18. Dieu du Ciel. Expression qui désigne généralement le Dieu des Juifs dans la bouche ou à l’adresse d’un non-Juif. Cf. 2 37, 44 ; Jdt 5 8 ; Esd 5 11 ; 6 9, 10, etc. ; Ne 1 4 ; 2 4, 20 ; Tb 7 12 ; de même les expressions « Seigneur du Ciel », 5 23 ; Tb 7 11 ; « le Roi du Ciel », 4 34 ; « le Grand Dieu » 2 45 ; Esd 5 8.
  • – Verset 18. ce mystère. Raz : ce mot d’origine perse, propre à Dn dans la Bible, se retrouve dans les textes de Qumrân : il désigne avant tout le « secret », mais semble amorcer déjà le sens si riche du grec mysterion dans saint Paul, cf. Rm 16 25+.
  • – Verset 19. bénédiction. a « bénédiction » juive se compose d’une invocation à Dieu ou à son Nom, suivie d’une commémoration de ses bienfaits ; dans la liturgie, on termine en répétant l’eulogie où l’on inclut, sous forme abrégée, la mention du bienfait particulier.
  • – Verset 22auprès de lui. L’A T parle de Dieu entouré de lumière, Ex 24 17 ; Ez 1 27 ; Ha 3 4, et lui-même lumière, Is 60 19-20 ; Sg 7 26, comme le fera, plus explicitement encore, le N T. Cf. par exemple 1 Jn 1 5-7 ; 1 Tm 6 16 ; Jc 1 17, cf. Jn 8 12+. D’anciens commentateurs juifs invoquent ce verset pour établir qu’un des noms du Messie est « Lumière ».
  • – Verset 28les voici : C’est l’annonce de la première des allégories de Dn, qui décrivent mystérieusement la succession des grands empires historiques (Néobabyloniens, Mèdes et Perses, Grecs héritiers du royaume asiatique d’Alexandre), ici figurés, selon les anciennes spéculations sur les âges du monde, par des métaux de valeur décroissante, et enfin l’avènement du royaume messianique. Tous, les empires terrestres s’écrouleront, pour laisser la place à un règne nouveau, éternel parce que fondé sur Dieu : le Royaume des Cieux, cf. Mt 17+. Jésus, qui se désignera lui-même comme le Fils de l’homme, cf. Dn 7 13+ et Mt 8 20+, s’appliquera aussi, cf. Mt 21 42-44 ; Lc 20 17-18, l’image de la pierre d’angle, d’abord rejetée, du Ps 118 22, et de la pierre de fondation d’Is 28 16, avec une allusion nette à la pierre détachée du roc et qui écrase celui sur qui elle tombe, ici vv. 34, 44-45.
  • – Verset 34 l’eût touchée. Litt. : « sans les mains » ; cf. Is 31 8.
  • – Verset 37. et honneur. La puissance de Nabuchodonosor lui vient de Dieu, et non du caractère divin auquel il prétend, cf. 3 ; Jdt 3 8 ; 6 2 ; 11 7.
  • – Verset 41. ces pieds. Aram. ajoute : « et les orteils ». De même au v. suivant on corrige « les doigts des pieds » en « les pieds ».
  • – Verset 43. d’homme. Allusion probable aux mariages entre Séleucides et Ptolémées, qui ne réussirent guère à consolider l’unité entre les successeurs d’Alexandre.

Profession de foi du roi.

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