2. LA GUERRE MOABITE
Règne de Joram en Israël (852 – 841)
3 1 Joram fils d’Achab devint roi sur Israël à Samarie en la dix-huitième année de Josaphat roi de Juda, et il régna douze ans. * 2 II fit ce qui déplaît à Yahvé ; non pas pourtant comme son père et sa mère, car il supprima la stèle de Baal que son père avait faite. 3 Seulement, il resta attaché aux péchés où Jéroboam fils de Nebat entraîna Israël et ne s’en détourna pas.
- Vers 1. douze ans. Ce chiffre appartient à un système chronologique secondaire. D’après les dates les mieux assurées, Joram d’Israël n’aurait pas régné plus de huit ans.
Expédition d’Israël et de Juda contre Moab.
4 Mésha, roi de Moab * était éleveur de troupeaux et il livrait en tribut au roi d’Israël cent mille agneaux et cent mille béliers avec leur laine ; 5 mais, à la mort d’Achab, le roi de Moab se révolta contre le roi d’Israël.
6 En ce temps-là, le roi Joram sortit de Samarie et passa en revue tout Israël. 7 Ensuite, il envoya ce message au roi de Juda : * « Le roi de Moab s’est révolté contre moi. Viendras-tu faire la guerre avec moi en Moab ? » Le roi de Juda répondit : « Je viendrai ! Il en sera pour moi comme pour toi ; pour mon peuple comme pour ton peuple, pour mes chevaux comme pour tes chevaux ! » 8 II ajouta : « Par quel chemin monterons-nous ? » et l’autre répondit : « Par le chemin du désert d’Édom. »
9 Le roi d’Israël, le roi de Juda et le roi d’Édom * partirent. Ils firent un détour de sept jours de marche et l’eau manqua pour la troupe et pour les bêtes de somme qui suivaient. 10 Le roi d’Israël s’écria : « Malheur ! C’est que Yahvé a appelé les trois rois que nous sommes pour les livrer aux mains de Moab ! » 11 Mais le roi de Juda dit : « N’y a-t-il pas ici un prophète de Yahvé, que nous consultions Yahvé par lui ? » Alors un des serviteurs du roi d’Israël répondit : « II y a Élisée fils de Shaphat, qui versait l’eau sur les mains d’Élie. » 11 Le roi de Juda dit : « II a la parole de Yahvé. » Le roi d’Israël, le roi de Juda et le roi d’Édom descendirent donc vers lui. 13 Mais Élisée dit au roi d’Israël : « Qu’ai-je à faire avec toi ? Va trouver les prophètes de ton père et les prophètes de ta mère ! » Le roi d’Israël lui répondit : « Mais non ! C’est que Yahvé a appelé les trois rois que nous sommes pour les livrer aux mains de Moab ! » 14 Élisée reprit : « Par la vie de Yahvé Sabaot, que je sers, si je n’avais égard au roi de Juda, je ne ferais pas attention à toi, je ne te regarderais même pas. 15 Maintenant, amenez-moi un joueur de lyre. » * Or, comme le musicien jouait, la main de Yahvé fut sur lui 16 et il dit : « Ainsi parle Yahvé : « Creusez dans cette vallée des fosses et des fosses, »
17 car ainsi parle Yahvé : « Vous ne verrez pas de vent, vous ne verrez pas de pluie, et cette vallée se remplira d’eau, et vous boirez, vous, vos troupes * et vos bêtes de somme. » 18 Encore cela est-il peu aux yeux de Yahvé, car il livrera Moab entre vos mains. 19 Vous frapperez toutes les villes fortes, * vous abattrez tous les arbres de rapport, vous boucherez toutes les sources et vous désolerez tous les meilleurs champs en y jetant des pierres. » 20 Or, le matin à l’heure de la présentation de l’offrande, voici que l’eau venait de la direction d’Édom et la contrée en fut remplie.
21 Les Moabites ayant appris que les rois étaient montés pour les combattre, tous ceux qui étaient en âge de porter les armes furent convoqués, et ils se tenaient sur la frontière. 22 Quand ils se levèrent le matin et que le soleil brilla sur les eaux, les Moabites virent de loin les eaux rouges comme du sang. * 23 Ils dirent : « C’est du sang ! Sûrement les rois se sont entre-tués, ils se sont mutuellement frappés. Et maintenant, au pillage, Moab ! »
24 Mais quand ils arrivèrent au camp des Israélites, ceux-ci se dressèrent et battirent les Moabites, qui s’enfuirent devant eux ; et ils allèrent de l’avant, * les taillant en pièces. 25 Ils détruisaient les villes, ils jetaient chacun sa pierre dans tous les meilleurs champs pour les remplir, ils bouchaient toutes les sources et abattaient tous les arbres de rapport. Finalement, il ne resta plus que Qir-Hérès : * les frondeurs l’encerclèrent et la battirent de leurs coups. 26 Quand le roi de Moab vit qu’il ne pouvait pas soutenir le combat, il prit avec lui sept cents hommes armés de l’épée pour faire une trouée et aller vers le roi d’Aram, * mais ils n’y réussirent pas. 27 Alors il prit son fils aîné, qui devait régner à sa place, et il l’offrit en holocauste sur le rempart. Il y eut une grande colère * sur les Israélites, qui décampèrent loin de lui et rentrèrent au pays.
- Vers 4. de Moab. La « stèle de Mésha », retrouvée à Dibôn, rappelle que Moab était assujetti à Israël sous Omri et Achab, et célèbre la guerre de libération, mais passe sous silence l’épisode peu glorieux que la Bible a retenu.
- Vers 7. roi de Juda. Ici et aux vv. 11, 12, 14, le texte donne le nom du roi de Juda : Josaphat, mais la chronologie prouve que la guerre n’eut lieu que sous son fils, Joram de Juda. Le nom de Josaphat semble avoir été ajouté au texte primitif, en considération de sa piété et du rôle analogue qu’il joue en 1 R 22 : ici encore le roi de Juda, à rencontre du roi d’Israël, fait figure de fervent Yahviste, vv. 11, 13-14.
- Vers 9. roi d’Édom. Le concours de Juda et de son vassal Edom est nécessaire au roi d’Israël pour attaquer Moab par le sud, en contournant la mer Morte et en passant par le territoire édomite.
- Vers 15. de lyre. La musique aide à procurer l’extase.
- Vers 17. vos troupes. « troupes » grec luc.; « troupeaux » hébr.
- Vers 19. villes fortes. L‘hébr. ajoute : « et toutes les villes de choix », omis par le grec.
- Vers 22. du sang. Coloration due sans doute aux sables du Wadi el-Hésa. Il y a, jeu de mots entre ‘adom « rouge », dam « sang », et le nom d’Edom.
- Vers 24. de l’avant. « et ils allèrent de l’avant » grec ; l’hébreu. est corrompu.
- Vers 25. Qir-Hérès. Restitution conjecturale ; hebr. : « il ne resta plus à Qir-Haréset que ses pierres ». Qir-Hérès est la capitale de Moab, Is 16 7, 11 ; Jr 48 31, 36, sur le site actuel de Kérak.
- Vers 26. roi d’Aram. « Aram » conj.; « Edom » hébr.
- Vers 27. grande colère. Interprétation disputée. Le sacrifice de son fils est un acte désespéré du roi de Moab pour se concilier son dieu Kemosh. Accompli sur le rempart, il provoque la panique parmi les assiégeants qui se sentent l’objet d’une colère divine.